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Grenelle,
c’est presque une révolution !
Alain Gest est placé au cœur du processus
parlementaire du Grenelle à un double titre.
D’abord, il préside la sous-commission
sur l’environnement au sein de la commission des
affaires économiques de l’Assemblée
nationale. Ensuite, il dirige l’un des quatre
«ateliers» créés à
l’UMP pour préparer la loi d’orientation
qui sera débattue en mai au Parlement. Mais,
plus encore, élu d’une région agricole,
la Picardie, il connaît concrètement les
sujets traités au Grenelle de l’environnement.
«Tout le monde n’a peut-être pas pris
conscience des changements comportementaux quotidiens
que cela va supposer. C’est presque une révolution
!» a-t-il souligné. Les changements de
comportement devront s’appliquer, en effet, selon
lui, aux collectivités publiques et aux entreprises,
mais aussi aux particuliers. «On va voir si, au-delà
d’un slogan, les Français sont favorables
à la protection de l’environnement et à
la lutte contre le réchauffement climatique,
et ce qu’ils sont prêts à faire aujourd’hui
très concrètement pour respecter ce qui
paraît indispensable dans ce domaine» a
ajouté le député de la Somme. Il
s’agit donc maintenant d’entrer dans le
concret du «suivi du Grenelle de l’environnement».
C’est le travail qu’effectuent les trente-trois
comités opérationnels dits «Comops»
(de 15 à 40 membres) qui se réunissent
chaque semaine pour préparer le texte de loi
d’orientation et les mesures réglementaires.
Le Parlement, qui n’était pas représenté
en tant que tel dans la première phase du Grenelle
de l’environnement, aura son mot à dire.
Avec un certain humour, Alain Gest a répondu
en tant que parlementaire aux ingénieurs qui
regrettaient d’avoir «participé au
Grenelle sans y être associés» :
«Rassurez-vous, nous non plus ! Car, dans un premier
temps, la démarche a consisté à
mettre des gens qui ne se parlaient pas - ou même
s’insultaient - autour d’une table et de
provoquer une réflexion qui amène presque,
sur certains points, une révolution.» Ce
pari a été réussi. Il faut passer
aux actes maintenant, et parlementaires comme ingénieurs
ont chacun leur rôle à jouer.
Le thème consensuel du
réchauffement
Les quatre grands thèmes d’application
du Grenelle de l’environnement portent sur le
réchauffement climatique, la biodiversité,
la santé et l’environnement, et la nouvelle
gouvernance. Le premier thème, celui du réchauffement
climatique, apparaît, selon Alain Gest, comme
le plus consensuel, celui où il est possible
d’avancer le plus rapidement avec deux axes majeurs
: le bâtiment et les transports. Les mesures sur
l’habitat à caractère public ou
privé peuvent avoir des résultats très
tangibles rapidement (45% de l’énergie
française est consommée dans l’habitat).
De plus, cela peut entraîner un gain de pouvoir
d’achat pour les particuliers grâce à
des habitations à la production d’énergie
positive. C’est le cas, par exemple à Fribourg
en Allemagne, où, grâce au photovoltaïque
sur les toits des maisons, les habitants peuvent vendre
leur propre production d’électricité.
«Cela n’est pas une partie de plaisir financière»
a cependant précisé Alain Gest en indiquant
que les moyens financiers ont été évalués
globalement… à 600 milliards d’euros.
«Si on se lance dans un grand projet de l’habitat,
il faudra aussi que les entreprises puissent répondre,
et que l’on résolve notamment les problèmes
de formation liés aux activités nouvelles
dans la construction», a-t-il encore précisé.
Le deuxième grand volet sur le réchauffement
climatique touche aux transports. Le vrai problème
porte sur l’automobile et les changements d’attitude
dans ce domaine pour que l’objectif retenu par
le Grenelle de l’environnement de baisser de 20%
les rejets de CO2 dus aux transports, puisse être
tenu d’ici à 2020. Cela implique en particulier
de privilégier le TGV par rapport à l’avion,
voire à «casser» les vols intérieurs
français pour inciter à prendre le train,
de développer le fret et le ferroutage, mais
aussi le transport fluvial. Alain Gest a laissé
entendre qu’un effort «très sensible»,
avec des coûts financiers importants, sera entrepris
dans ce domaine, en particulier pour réaliser
le canal Seine-Nord.
Eoliennes et biocarburants
Restent les sujets phares des énergies renouvelables
avec les éoliennes et les biocarburants. Le député
de la Somme connaît bien ces deux questions, élu
d’une région à la fois agricole
et soumise à la mode de l’éolienne.
Il s’est déclaré «réservé»
sur cette dernière production. «Si aujourd’hui
on laisse faire, a-t-il dit, dans la Somme, nous avons
2 000 éoliennes en projet. J’ai un canton
où il y a actuellement dix-sept communes qui
ont chacune une ou deux éoliennes. C’est
terrible, car les maires viennent me voir et me disent
: “Faites quelque chose, mes trois voisins ont
des éoliennes et moi je n’en ai pas”.
De fait, pour une commune rurale dans ma circonscription,
4 000 euros par poteau, cela n’est pas rien»,
précise encore le député de la
Somme. Il regrette ainsi que les implantations d’éoliennes
soient faites de manière «déraisonnable»
notamment sur le plan paysager. Un autre exemple délicat
et complexe porte sur le sort des biocarburants qui
connaissent aujourd’hui « un petit coup
de froid ». Alain Gest souligne, par exemple,
qu’en Picardie, les biocarburants représentent
sans doute un avenir pour une partie de l’activité
agricole. Mais il s’inquiète de savoir
ce que les investissements importants déjà
faits dans ce domaine vont entraîner alors que
l’on a tendance à mettre en avant, désormais,
les biocarburants de «deuxième génération»
dont la production industrielle ne se fera pas avant
huit à dix ans selon l’Inra. «On
fait comment en attendant, alors que l’on a incité
les agriculteurs à se lancer dans ces opérations
?», insiste-t-il.
Portrait : Alain Gest est
né à Amiens en 1950, marié il a
un enfant.
fils de journaliste sportif il se consacre d’abord
au tennis de table, mais il démissionnera de
ses fonctions le jour même de son élection
au conseil régional de Picardie, en 1986. Républicain,
indépendant, Conseiller général
de la Somme depuis 1985, Conseiller régional
de Picardie jusqu’en 2002, il est député
UMP de la Somme, membre de l’Office parlementaire
d’évaluation des choix scientifiques et
technologiques et membre de la commission des affaires
économiques, de l’environnement et du territoire.
Daniel AMELINE
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