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«J’aime
bien les ingénieurs ! …» L’ingénieur
est concret et pragmatique, le politique plus juridique
et non pragmatique. Ce «juridisme français»
explique en grande partie les échecs de nombreuses
lois en matière d’enseignement supérieur.
«La loi est simplement un cadre, c’est un
moyen parmi d’autres. Ce qui compte, c’est
la réalité de fond. Il faut savoir ce
que l’on veut faire, et après on trouve
les formules», insiste-t-il. Il faut essayer de
dépasser «les blocages d’origine
statutaire de personnels et d’organismes»,
ce que ne fait pas, selon lui, la loi LRU, dite loi
Pécresse : Elle n’avait pas vocation, comme
un certain nombre de réformes actuellement en
cours à créer une rupture. Il n’était
pas dans le projet de changer radicalement les choses,
mais de faire en sorte que cela se passe bien.»
La loi présente des aspects positifs, nombre
réduit d’administrateurs et plus de souplesse
dans la gestion courante des personnels et des budgets,
mais elle n’a pas changé le « principe
autogestionnaire» des conseils d’administration.
Le «modèle»
est celui des écoles d’ingénieurs
Pour l’ancien ministre de l’Enseignement
supérieur et de la Recherche, le modèle
qui fonctionne est celui des écoles d’ingénieurs.
Elles bénéficient d’un statut opérationnel
avec un directeur doté de pouvoirs réels,
un vrai conseil d’administration comprenant des
personnalités qualifiées qui ont quelque
chose à dire sur la formation en question. C’est
aussi le modèle retenu par les universités
étrangères qui ont des conseils d’administration,
souligne-t-il, «composés de personnalités
ayant réussi dans leur domaine et orientées
vers l’intérêt à long terme
de l’établissement et ses performances
plutôt que vers des préoccupations qui
sont exclusivement corporatistes comme c’est le
cas chez nous».
Des filières d’excellence
dans les universités Il a été
aussi question de la recherche d’une plus grande
souplesse dans le pilotage des universités et
de la coopération, indispensable à terme,
entre les Grandes écoles et les filières
d’excellence dans les universités. Il n’est
pas possible, selon lui, de décréter d’en
haut qu’il faut telle ou telle formation dans
tel ou tel département. «En revanche, quand
il y a des besoins qui ne sont pas satisfaits, il est
du devoir de l’Etat et des collectivités
territoriales de lancer des appels à projets.
L’Etat et les collectivités disent : “Nous
avons tel ou tel besoin. Nous mettons sur la table des
crédits. Nous demandons aux lycées, aux
universités, aux Grandes écoles de nous
faire des propositions de formation pour améliorer
l’employabilité et la formation de telle
ou telle catégorie de jeunes.” Cela serait
beaucoup plus efficace que de décider et de créer
de toutes pièces quelque chose qui va être
pilotée d’en haut.» De plus, cela
permet d’évaluer, tous les trois ou cinq
ans, les résultats», ajoute-t-il.
Universités et Grandes
écoles peuvent «chercher» ensemble
François Goulard a évoqué aussi
le rapprochement» nécessaire, selon lui,
entre les universités et les Grandes écoles.
Il n’est pas difficile de créer des filières
d’excellence dans les universités, il n’y
a pas besoin de changer la loi. Il suffit, selon lui,
de mettre deux fois plus d’heures de cours et
un examen de première année très
difficile dans les filières et ne viendront que
les bons étudiants. Les mauvais ne s’inscrivent
pas dans les filières exigeantes», a affirmé
l’ancien ministre. Un certain nombre d’universités
et de Grandes écoles sont tout à fait
capables de travailler de manière très
concrète ensemble et il faudra commencer probablement
par un certain nombre de sujets comme celui de la recherche,
car «nos Grandes écoles sont inégalement
dotées en forces de recherche».
Portrait : François Goulard, est Député
UMP du Morbihan depuis 1997, membre de l’Office
parlementaire d’évaluation des Choix scientifiques
et technologiques, et Maire de Vannes. Né à
Vannes le 21 septembre 1953, marié, trois enfants,
il est Ingénieur de l’Ecole Centrale de
Paris, diplômé de Sciences politiques de
Paris, ancien élève de l’ENA. D’abord
auditeur puis conseiller à la Cour des comptes
il a quitté la politique pour devenir Directeur
Général de la Banque parisienne de Crédit
quelques années ; puis il est revenu à
la politique comme Secrétaire d’Etat aux
Transports et à la Mer puis Ministre délégué
à l’Enseignement Supérieur et à
la Recherche de 2006 à 2007. François
Goulard, humaniste libéral modéré,
n’a pas de maître à penser, sauf
le général De Gaulle. Breton et «marin
dans l’âme», c’est un homme
politique sans préjugé ni approche idéologique,
mais avec des convictions fortes.
Daniel AMELINE
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