Le principal
problème, ce sont les universités
! Une semaine avant l’examen par les députés
de la loi de programmation sur la Recherche, rebaptisée
«Pacte pour la Recherche» Jean-Jacques Gagnepain
a noté que du point de vue du financement quantitatif
de la Recherche, la France avec 2,2 % du PIB en dépenses
(1% de l’Etat et 1,2% du privé) reste loin
de l’objectif européen de Lisbonne, 3% en
2010. Même si le financement prévu par la
loi de programmation était intégralement
respecté jusqu’en 2010 cela nous amènerait
à 2,5 ou 2,6 % du PIB. D’autre part, sur
l’avenir des chercheurs la France a laissé
se développer une situation «très
mauvaise» en formant des docteurs en sciences sans
s’assurer qu’ils auraient des emplois, par
exemple dans les sciences de la vie, et une grande quantité
de docteurs ont été obligés de s’expatrier
vers les Etats-Unis ou de trouver un autre métier.
«Une réforme s’impose, non contenue
dans le «Pacte pour la Recherche», celle du
système universitaire français.»
Des universités «ingérables»
: en matière de Recherche publique, la singularité
française, c’est, selon le président
de l’ANR, d’avoir des universités,
des grandes Ecoles et des organismes publics. «La
plupart des pays, remarque-t-il, n’ont pas de CNRS.»
Mais il est inutile de dire qu’il faut continuer
à réformer le CNRS, les Grandes Ecoles :
le problème n’est pas là. Il est sur
le système universitaire, a-t-il insisté.
Selon lui, les universités françaises sont
dans une situation de paralysie et ont énormément
de mal à bouger. «Si on regarde dans d’autres
pays, par exemple aux Etats-Unis, il y a des universités
publiques ou privées, gérées avec
une réalité budgétaire et de vraies
structures de gouvernement, toutes choses qui n’existent
pas en France !», a-t-il affirmé. Le président
de l’ANR a rappelé que les universités
ont été recréées par la loi
Edgar Faure en 1968, qui, pour calmer le jeu, a mis en
place des structures de direction qui rendent le système
« ingérable». Cela a été
aggravé, selon lui, par la loi Savary de 1983.
«Avec ces deux lois-là, on a complètement
“plombé” les universités : le
coeur du problème, ce sont les universités
!», a-t-il ajouté.
Redynamiser la recherche dans le public
: la loi de programmation pour la Recherche prévoit
des mesures pour simplifier et redynamiser la Recherche
dans le secteur public et les universités. Il s’agit
notamment de la suppression du contrôle financier
a priori, de la dérogation pour les établissements
publics de passer par la procédure des marchés
publics pour les commandes de petites sommes et de la
«globalisation des crédits». Pour certains
établissements, en effet, les crédits de
recherche sont compartimentés. «Un président
d’université voit passer ses crédits
sans pouvoir y toucher. Ils sont pré affectés.
Il n’a pas les moyens d’avoir une politique
pour son établissement. C’est pourquoi, a-t-il
assuré, cette globalisation des crédits
constituera une “forme de responsabilisation”
des directeurs et des présidents de tous ces établissements.»
Un complément de salaire au mérite
: «Nous avons actuellement un problème
assez sérieux en France, a indiqué le président
de l’ANR. Sur l’ensemble des 10 000 docteurs
qui sortent chaque année avec leurs diplômes,
17% seulement vont dans l’industrie. Il s’agit
de voir ce qu’il faudrait faire pour qu’ils
aient une formation qui réponde mieux aux besoins
des entreprises». La loi de programmation va inciter
à revoir ce dispositif. Le directeur de la Technologie
est favorable à accorder des « bourses d’Etat
» aux « meilleurs jeunes chercheurs »
ce qui se traduirait par un complément de salaire,
au mérite, pouvant aller jusqu’à 60%
du salaire de base.
Portrait : Jean-Jacques Gagnepain est
né en 1942 à Montbéliard, il est
marié et il a deux enfants. Attiré par la
physique il est docteur es sciences physique de l’université
de Besançon. Après un passage aux USA il
entre au CNRS d’abord à Besançon puis
à Paris en 1991 et il est nommé par Claudie
Haigneré directeur de la Technologie au ministère
de la Recherche en 2003. Passionné d’alpinisme
c’est un universitaire partisan convaincu du partenariat
entre privé et public pour sauver l’avenir
de la recherche en France.
Daniel AMELINE