13/05/06
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N°06/05 - 10 mars 2006
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 23 février 2006 :
Jean-Jacques Gagnepain
, Président de l’Agence Nationale pour la Recherche et Directeur de la Technologie au ministère de la Recherche.

Le principal problème, ce sont les universités ! Une semaine avant l’examen par les députés de la loi de programmation sur la Recherche, rebaptisée «Pacte pour la Recherche» Jean-Jacques Gagnepain a noté que du point de vue du financement quantitatif de la Recherche, la France avec 2,2 % du PIB en dépenses (1% de l’Etat et 1,2% du privé) reste loin de l’objectif européen de Lisbonne, 3% en 2010. Même si le financement prévu par la loi de programmation était intégralement respecté jusqu’en 2010 cela nous amènerait à 2,5 ou 2,6 % du PIB. D’autre part, sur l’avenir des chercheurs la France a laissé se développer une situation «très mauvaise» en formant des docteurs en sciences sans s’assurer qu’ils auraient des emplois, par exemple dans les sciences de la vie, et une grande quantité de docteurs ont été obligés de s’expatrier vers les Etats-Unis ou de trouver un autre métier. «Une réforme s’impose, non contenue dans le «Pacte pour la Recherche», celle du système universitaire français.»
Des universités «ingérables» : en matière de Recherche publique, la singularité française, c’est, selon le président de l’ANR, d’avoir des universités, des grandes Ecoles et des organismes publics. «La plupart des pays, remarque-t-il, n’ont pas de CNRS.» Mais il est inutile de dire qu’il faut continuer à réformer le CNRS, les Grandes Ecoles : le problème n’est pas là. Il est sur le système universitaire, a-t-il insisté. Selon lui, les universités françaises sont dans une situation de paralysie et ont énormément de mal à bouger. «Si on regarde dans d’autres pays, par exemple aux Etats-Unis, il y a des universités publiques ou privées, gérées avec une réalité budgétaire et de vraies structures de gouvernement, toutes choses qui n’existent pas en France !», a-t-il affirmé. Le président de l’ANR a rappelé que les universités ont été recréées par la loi Edgar Faure en 1968, qui, pour calmer le jeu, a mis en place des structures de direction qui rendent le système « ingérable». Cela a été aggravé, selon lui, par la loi Savary de 1983. «Avec ces deux lois-là, on a complètement “plombé” les universités : le coeur du problème, ce sont les universités !», a-t-il ajouté.
Redynamiser la recherche dans le public : la loi de programmation pour la Recherche prévoit des mesures pour simplifier et redynamiser la Recherche dans le secteur public et les universités. Il s’agit notamment de la suppression du contrôle financier a priori, de la dérogation pour les établissements publics de passer par la procédure des marchés publics pour les commandes de petites sommes et de la «globalisation des crédits». Pour certains établissements, en effet, les crédits de recherche sont compartimentés. «Un président d’université voit passer ses crédits sans pouvoir y toucher. Ils sont pré affectés. Il n’a pas les moyens d’avoir une politique pour son établissement. C’est pourquoi, a-t-il assuré, cette globalisation des crédits constituera une “forme de responsabilisation” des directeurs et des présidents de tous ces établissements.»
Un complément de salaire au mérite : «Nous avons actuellement un problème assez sérieux en France, a indiqué le président de l’ANR. Sur l’ensemble des 10 000 docteurs qui sortent chaque année avec leurs diplômes, 17% seulement vont dans l’industrie. Il s’agit de voir ce qu’il faudrait faire pour qu’ils aient une formation qui réponde mieux aux besoins des entreprises». La loi de programmation va inciter à revoir ce dispositif. Le directeur de la Technologie est favorable à accorder des « bourses d’Etat » aux « meilleurs jeunes chercheurs » ce qui se traduirait par un complément de salaire, au mérite, pouvant aller jusqu’à 60% du salaire de base.
Portrait : Jean-Jacques Gagnepain est né en 1942 à Montbéliard, il est marié et il a deux enfants. Attiré par la physique il est docteur es sciences physique de l’université de Besançon. Après un passage aux USA il entre au CNRS d’abord à Besançon puis à Paris en 1991 et il est nommé par Claudie Haigneré directeur de la Technologie au ministère de la Recherche en 2003. Passionné d’alpinisme c’est un universitaire partisan convaincu du partenariat entre privé et public pour sauver l’avenir de la recherche en France.

Daniel AMELINE

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