|
Réussir
le «Facteur 4», c’est possible !
Madame Pappalardo précise d’entrée que
pour assurer notre avenir sur cette planète, il faut
que l’augmentation de la température ne dépasse
pas deux degrés au XXIe siècle alors que,
si rien n’était tenté, on pourrait aller
jusqu’à cinq ou six degrés. A l’échelle
mondiale il faudra donc avoir divisé par deux les
émissions de gaz à effet de serre à
l’horizon 2050. Cela suppose que les pays industrialisés,
dont la France, parviennent à les diviser par quatre
afin de laisser aux pays en voie de développement
la possibilité de se développer. La voiture
à hydrogène ne verra pas le jour avant 2030-2040
; l’éthanol français est rentable pour
un baril de pétrole entre 80 et 100 dollars. Nous
avons cependant un certain nombre de scénarios sur
le “Facteur 4” en France qui nous permettent
d’arriver aux résultats avec un niveau de vie
acceptable dans des conditions économiques non insupportables.
Plutôt qu’à la réglementation,
la présidente de l’ADEME croit davantage à
l’information et à la conviction, y compris
des politiques qui ne sont pas encore convaincus que «cela
passera dans l’opinion».
Un tournant «historique»
: la Présidente de l’ADEME a indiqué
que, grâce à une directive européenne
reprise par notre pays, une première réglementation
énergétique française sur le bâtiment
existant allait entrer en application au moment des «grosses
réhabilitations au-delà de 1 000 m2»
; elles se calqueront sur les normes édictées
pour les bâtiments neufs précédents.
«Ce qui entraînera un décalage avec les
objectifs, a-t-elle reconnu, mais c’est un tournant
historique !» Pour motiver les propriétaires
ou locataires des logements existant, Michèle Pappalardo
envisage de recourir à deux types d’incitation.
L’incitation financière avec le crédit
d’impôt et le recours à l’étiquette
«énergie» qui existe déjà
pour les réfrigérateurs. «Des étiquettes
de ce type seront mises sur tous les logements. Ce sera
obligatoire à partir du 1er juillet 2006 pour les
ventes, et dès le 1er juillet 2007 pour les locations»
a-t-elle indiqué.
Des étiquettes «énergie»
sur les véhicules en 2006 : Le secteur des
transports est le plus préoccupant car il représente
en France 35% des émissions de CO2 ( + 25% depuis
1990 ). Michèle Pappalardo n’a pas caché
qu’elle avait regretté l’abandon de l’idée
du «bonus-malus» ou de la limitation de la vitesse
de 130 à 120 km/h sur les autoroutes. «La réglementation
aujourd’hui se porte surtout sur l’obligation
d’informer sur les émissions des véhicules
que l’on met en vente et il existe un engagement volontaire
au niveau européen des constructeurs automobiles
de faire en sorte que, d’ici à 2008, leur parc
de véhicules soit à 140 g/km». Toutefois,
dès 2006, les étiquettes «énergie»
(verte, jaune, rouge, selon la pollution dégagée)
seront apposées sur les véhicules. La réduction
de la pollution pour les transports nécessite l’engagement
des pouvoirs publics nationaux, mais aussi locaux. «Nous
avons, surtout, besoin de convaincre le consommateur qu’il
doit changer sa manière de consommer sans que cela
lui coûte plus cher».
Le «solaire» sur
les toits : Interrogée enfin sur des expériences
en cours, la présidente de l’ADEME a tranché.
«Les mini éoliennes, on n’est pas fana...,
mais bon. Sur les toits il est possible de faire des opérations
plus attractives avec du photovoltaïque collectif sur
des grandes surfaces d’immeubles sociaux ou des hangars
d’entreprise. C’est nettement plus intéressant
en termes de coût et de production.»
Portrait : Femme d’action
et de communication, Michèle Pappalardo est née
à Toulouse en 1956. Après Sciences Po Paris,
elle sort de l’Ecole nationale d’administration
en 1981, pour rejoindre la Cour des comptes comme auditrice
puis conseillère référendaire. C’est
en 1993 qu’elle rejoint le ministère de l’Environnement.
Elle avait été, dans les années 1980,
à l’origine de la création de l’ADEME
et elle en devient présidente en 2003. Elle a placé
la sensibilisation des publics au coeur de l’action
de l’ADEME. Chacun a entendu parler, ou bien, a vu
à la télévision, les trois campagnes
sur les économies d’énergies («Faisons
vite, ça chauffe !»), sur les déchets
(«Réduisons vite nos déchets, attention,
ça déborde !») et celle sur le «Défi
pour la Terre».
Daniel AMELINE
|