14/09/05
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N°05/19 - 24 juin 2005
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 23 juin 2005 : Jean-Louis Beffa, P-DG de Saint-Gobain, auteur d’un rapport gouvernemental sur l’industrie française

L’industrie en France est très menacée : Jean-Louis Beffa dénonce «l’inefficacité de l’action ministérielle d’aujourd’hui», les dissensions néfastes au sein du «mammouth» bruxellois, sans oublier… le manque de «courage» du personnel politique. Il estime que l’industrie en France est très menacée. «Notre spécialisation n’est pas bonne. Nous n’avons pas assez de haute technologie», a-t-il souligné avant de mettre en avant le déficit «dramatique» de notre pays dans l’information et les biotechnologies par rapport aux Américains. Pour s’en sortir, il prône la «voie japonaise» qui consiste à essayer d’inciter les grands groupes - «avec l’appui de l’Etat pour réduire leurs risques» - à aller plus vite vers la diversification d’activités dans le domaine technologique. Selon lui, si on ne le fait pas, c’est parce que «le marché financier ne la récompense pas».

Une concurrence chinoise imbattable ? Prenant l’exemple des deux «métiers» où Saint- Gobain est exportateur - les tuyaux de fonte et le flaconnage -, Jean-Louis Beffa a estimé qu’il perdrait 80% de ses exportations, d’ici quatre ou cinq ans, s’il ne produisait pas en Chine. «Le marché chinois augmente de 60% chaque année ce qui correspond à peu près à la dimension du marché allemand. Si nous ne gagnons pas la bataille sur le territoire chinois, nous perdrons la bataille mondiale», a-t-il dit. Ce péril chinois se constate à deux niveaux. D’abord le formidable dynamisme économique de la Chine - 9,5% de croissance en moyenne - et des salaires défiant toute concurrence. Le salaire moyen tout compris en France et aux Etats-Unis s’élève à 22 euros l’heure. Les Polonais et les Tchèques sont payés 4 euros. Les Ukrainiens et les Russes 1,4 euro, et les Chinois… 0,8 euro ! De même, les chercheurs et ingénieurs chinois de très bonne qualité coûtent le quart d’un salaire européen, le coût de production est de 30% inférieur à celui du monde occidental.

La riposte européenne, du national «en tâche d’huile» : Face à ce rouleau compresseur chinois qui bouleverse la donne mondiale Jean-Louis Beffa propose son Agence de l’Innovation Industrielle qui a pour but de définir des «Programmes mobilisateurs d’innovation industrielle» (PMII) dans les technologies avancées qui ont vocation à avoir des prolongements au niveau européen. Elle sera immédiatement dotée de cinq cents millions d’euros. Elle financera des projets dans les domaines de l’énergie solaire, des nanotechnologies, des biotechnologies et des biocarburants. Il s’agira d’associer, précise Jean-Louis Beffa, «un grand groupe, des laboratoires publics, des PME et, mieux qu’on ne l’a fait dans le passé, des clients». Avec les PMII, l’initiative reviendra à des entreprises privées avec des programmes coopératifs et des clients privés. D’ores et déjà, les Allemands souhaitent s’associer à ces programmes ainsi que d’autres partenaires : les Espagnols, les Italiens, des Anglais, ainsi que des Scandinaves. «Constituons des consortiums européens avec des financements intergouvernementaux », propose Jean-Louis Beffa.

Le modèle finlandais, Grenoble… et le bâtiment : Jusqu’à présent, selon Jean-Louis Beffa, les deux seuls pays européens qui ont eu les bonnes réponses en matière industrielle sont la Finlande et la Suède. Il définit ainsi le modèle finlandais : un système coopératif avec une liaison exemplaire avec l’industrie, des stratégies de long terme, une action très intelligente de l’Etat qui soutient, et des efforts de recherche tant privée que d’Etat bien au-delà des 3% de l’objectif européen de Lisbonne. «Allons voir tout ce qu’ils font, et faisons pareil». Interrogé sur les « pôles de compétitivité » qui vont être choisis en juillet, le PDG de Saint- Gobain a fait son tri : «Il faudrait en choisir quatre ou cinq» ; dans certains cas il y a des laboratoires, mais pas de structuration, dans d’autres, il n’y a pas assez d’industries.

Portrait : un capitaine d’industrie à la française : Jean-Louis Beffa, PDG de Saint-Gobain, est né le 11 août 1941 à Nice (marié, 3 enfants). Il est ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur des Mines et diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Après un début à la direction des carburants au ministère de l’Industrie, il a été PDG de la société Pont-à-Mousson et directeur de la branche canalisation et mécanique de Saint-Gobain.

Daniel AMELINE

 

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