9/05/05
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N°05/11 - 1er avril 2005
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 24 mars 2005 : Claude Thélot, Conseiller-maître à la Cour des Comptes, Président de la Commission du débat sur l’avenir de l’école

 

Donner à la jeunesse une capacité d’innovation
D’entrée de jeu, Claude Thélot pose le problème : la «vraie ligne» sur laquelle les sociétés et, du coup, leurs systèmes éducatifs sont en concurrence, c’est de donner à la jeunesse «une capacité d’innovation et de découverte». De ce point de vue, l’école est devenue centrale. L’objectif de toutes les sociétés développées est d’élever le niveau de formation de leur jeunesse. Et, de ce point de vue, les sciences ont un rôle capital à jouer. «Il se trouve – et cela sera vrai encore dans trente ans – que l’un des axes principaux de la concurrence est constitué par les sciences», a-t-il insisté avant de présenter un «état des sciences dans le système éducatif» et quelques pistes d’évolution pour une meilleure prise en compte du «monde réel» à travers les sciences dans notre société. Car pour lui, rien n’est impossible en matière d’éducation : «Le système éducatif, contrairement à ce que l’on pense généralement, est extrêmement flexible. Si vous insistez sur tel ou tel aspect, en cinq ans de temps, c’est cet aspect-là que les élèves maîtriseront». Il est persuadé que, si l’on demande aux jeunes de s’investir dans les sciences, il est possible de relever le niveau de l’enseignement des sciences en France, en qualité et en quantité.

L’intérêt à pousser les sciences : Claude Thélot estime qu’il faut s’orienter davantage vers l’enseignement des sciences. Il y a cinquante ans encore, le prestige de la France résidait dans sa langue, ses lettres et sa diplomatie. Aujourd’hui, la concurrence mondiale passe par les sciences. Il faut être beaucoup plus attentif qu’autrefois à former une «élite scientifique de qualité» dans notre pays. L’observation et l’expérimentation scientifiques ouvrent la voie à la discussion et à des réflexions rationnelles. Selon lui, «les sciences sont une meilleure discipline que d’autres pour contribuer à former des citoyens et à leur donner l’habitude d’échanger des arguments et non des coups». Les sciences deviennent aussi capitales pour apprendre le monde réel à toute une nouvelle génération. «La jeunesse de notre pays est la première à être socialisée en partie par le virtuel et l’écran. Les sciences, beaucoup plus que les mathématiques, peuvent donner l’idée de ce qu’est le monde réel», précise-t-il.

Repenser l’enseignement scientifique : Pour Claude Thélot «les sciences sont mal enseignées». Dans le primaire, très peu de professeurs d’école s’estiment compétents en sciences. Dans le secondaire, les professeurs «patentés» enseignent les sciences, en gros, comme des «sousmaths». Notre enseignement donne trop d’importance au «tableau noir» et aux formules. Nos enseignants en sciences sont les seuls, d’après lui, à penser que «les sciences permettent de comprendre l’univers. La plupart des enseignants des sciences dans les autres pays considèrent que les sciences sont faites pour vivre, gérer et se débrouiller dans l’univers et non pas pour le comprendre». Pour attirer les jeunes vers les sciences, il convient, affirme-t-il, de mettre davantage en avant «l’idée du monde réel», de mettre en évidence des réussites et faire admettre que les sciences permettent de «vivre mieux». Il conviendrait aussi de changer les pratiques éducatives en les orientant davantage vers l’observation réfléchie et l’expérimentation, et d’offrir – une fois le «socle commun» acquis – un système éducatif plus structuré «par les goûts, les besoins et les talents».

Portrait, un haut fonctionnaire «missionnaire» : Claude Thélot, Conseiller maître à la Cour des Comptes, Président de la Commission du débat sur l’avenir de l’école, enseignant à l’Université Paris V et à Sciences Po de Paris, né le 15 avril 1947 à Paris est marié et père de quatre enfants. Diplômé de l’Ecole Polytechnique, de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique, il a effectué une bonne partie de sa carrière à l’INSEE qu’il quitte en 1990 pour l’évaluation et la prospective au ministère de l’Éducation Nationale. Après un passage à la Cour des Comptes il revient auprès du ministre de l’Education Nationale pour présider le «Haut conseil de l’évaluation». Pendant ce temps, Claude Thélot écrit des ouvrages de sociologie et notamment «L’Origine des Génies». Son approche consiste à dire qu’il existe deux sortes de génies : les génies éclatants à l’état pur – Mozart, Vinci, le mathématicien Monge – qui sortent du lot quelles que soient les circonstances, même si elles sont défavorables. Et puis, il y a, selon lui, les génies qui se révèlent grâce aux circonstances par exemple Bonaparte, créé par la Révolution française, ou bien encore Churchill, par la Seconde Guerre mondiale.

Daniel AMELINE

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