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Donner
à la jeunesse une capacité d’innovation
D’entrée de jeu, Claude Thélot pose
le problème : la «vraie ligne» sur laquelle
les sociétés et, du coup, leurs systèmes
éducatifs sont en concurrence, c’est de donner
à la jeunesse «une capacité d’innovation
et de découverte». De ce point de vue, l’école
est devenue centrale. L’objectif de toutes les sociétés
développées est d’élever le niveau
de formation de leur jeunesse. Et, de ce point de vue, les
sciences ont un rôle capital à jouer. «Il
se trouve – et cela sera vrai encore dans trente ans
– que l’un des axes principaux de la concurrence
est constitué par les sciences», a-t-il insisté
avant de présenter un «état des sciences
dans le système éducatif» et quelques
pistes d’évolution pour une meilleure prise
en compte du «monde réel» à travers
les sciences dans notre société. Car pour
lui, rien n’est impossible en matière d’éducation
: «Le système éducatif, contrairement
à ce que l’on pense généralement,
est extrêmement flexible. Si vous insistez sur tel
ou tel aspect, en cinq ans de temps, c’est cet aspect-là
que les élèves maîtriseront».
Il est persuadé que, si l’on demande aux jeunes
de s’investir dans les sciences, il est possible de
relever le niveau de l’enseignement des sciences en
France, en qualité et en quantité.
L’intérêt
à pousser les sciences : Claude Thélot
estime qu’il faut s’orienter davantage vers
l’enseignement des sciences. Il y a cinquante ans
encore, le prestige de la France résidait dans sa
langue, ses lettres et sa diplomatie. Aujourd’hui,
la concurrence mondiale passe par les sciences. Il faut
être beaucoup plus attentif qu’autrefois à
former une «élite scientifique de qualité»
dans notre pays. L’observation et l’expérimentation
scientifiques ouvrent la voie à la discussion et
à des réflexions rationnelles. Selon lui,
«les sciences sont une meilleure discipline que d’autres
pour contribuer à former des citoyens et à
leur donner l’habitude d’échanger des
arguments et non des coups». Les sciences deviennent
aussi capitales pour apprendre le monde réel à
toute une nouvelle génération. «La jeunesse
de notre pays est la première à être
socialisée en partie par le virtuel et l’écran.
Les sciences, beaucoup plus que les mathématiques,
peuvent donner l’idée de ce qu’est le
monde réel», précise-t-il.
Repenser l’enseignement
scientifique : Pour Claude Thélot «les
sciences sont mal enseignées». Dans le primaire,
très peu de professeurs d’école s’estiment
compétents en sciences. Dans le secondaire, les professeurs
«patentés» enseignent les sciences, en
gros, comme des «sousmaths». Notre enseignement
donne trop d’importance au «tableau noir»
et aux formules. Nos enseignants en sciences sont les seuls,
d’après lui, à penser que «les
sciences permettent de comprendre l’univers. La plupart
des enseignants des sciences dans les autres pays considèrent
que les sciences sont faites pour vivre, gérer et
se débrouiller dans l’univers et non pas pour
le comprendre». Pour attirer les jeunes vers les sciences,
il convient, affirme-t-il, de mettre davantage en avant
«l’idée du monde réel»,
de mettre en évidence des réussites et faire
admettre que les sciences permettent de «vivre mieux».
Il conviendrait aussi de changer les pratiques éducatives
en les orientant davantage vers l’observation réfléchie
et l’expérimentation, et d’offrir –
une fois le «socle commun» acquis – un
système éducatif plus structuré «par
les goûts, les besoins et les talents».
Portrait, un haut fonctionnaire
«missionnaire» : Claude Thélot,
Conseiller maître à la Cour des Comptes, Président
de la Commission du débat sur l’avenir de l’école,
enseignant à l’Université Paris V et
à Sciences Po de Paris, né le 15 avril 1947
à Paris est marié et père de quatre
enfants. Diplômé de l’Ecole Polytechnique,
de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration
Economique, il a effectué une bonne partie de sa
carrière à l’INSEE qu’il quitte
en 1990 pour l’évaluation et la prospective
au ministère de l’Éducation Nationale.
Après un passage à la Cour des Comptes il
revient auprès du ministre de l’Education Nationale
pour présider le «Haut conseil de l’évaluation».
Pendant ce temps, Claude Thélot écrit des
ouvrages de sociologie et notamment «L’Origine
des Génies». Son approche consiste à
dire qu’il existe deux sortes de génies : les
génies éclatants à l’état
pur – Mozart, Vinci, le mathématicien Monge
– qui sortent du lot quelles que soient les circonstances,
même si elles sont défavorables. Et puis, il
y a, selon lui, les génies qui se révèlent
grâce aux circonstances par exemple Bonaparte, créé
par la Révolution française, ou bien encore
Churchill, par la Seconde Guerre mondiale.
Daniel AMELINE
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