«
Le traité constitutionnel, une nouvelle donne pour
l’Europe ? »
Pour le « oui » mais pas « béni-oui-oui
» : « Cela ne va pas être simple,
mais je pense que l’on va gagner le référendum,
car, quand trois grand partis, UMP, UDF et PS, sont derrière,
la dynamique va faire que beaucoup de gens vont voter
oui…, mais je suis peut-être trop optimiste
», a dit Nicole Fontaine. Selon elle, l’argument
le plus réel en faveur de la nouvelle Constitution,
c’est qu’il corrige le traité «
très mauvais et très médiocre »
de Nice. Mais la députée européenne
reconnaît que ce n’est pas facile à
expliquer à l’opinion publique ! Elle redoute
ainsi, avec juste raison sans doute, que les médias,
durant la prochaine campagne du référendum,
soient davantage enclins à donner des temps d’antenne
à Philippe de Villiers ou à Nicolas Dupont-Aignan
qui battront la campagne sur le thème « la
Turquie, c’est la fin de l’Europe »,
plutôt qu’à son plaidoyer pro-européen
raisonnablement optimiste. « Cette Constitution
n’est pas la panacée, mais c’est un
progrès, insiste-t-elle. Si l’on dit “non”
à ce progrès, de toute évidence,
on en prend pour des années d’immobilisme
alors que chacun sait que la plupart des problèmes
ont une solution à l’échelle de l’Europe.
» Et Nicole Fontaine de résumer ainsi sa
pensée : « On peut être pour le “oui”
sans être “béni-oui-oui” ! »
La nécessité d’une «
impulsion politique » : avec sa double
expérience de ministre de l’Industrie et
de présidente de l’Assemblée de Strasbourg,
Nicole Fontaine a souligné la nécessité
d’une « impulsion politique » pour bousculer
les lenteurs de l’Europe. Interrogée sur
le point de savoir si la nouvelle Constitution allait
favoriser et encourager les fusions industrielles au niveau
européen, la députée de l’Assemblée
de Strasbourg a reconnu que non. « Et c’est
là où le bat blesse, a-t-elle poursuivi
avant d’expliquer, l’Europe s’est fondée
sur la libre concurrence. C’est devenu un postulat.
Mais cela doit être largement tempéré
par l’évolution des choses. Car, aujourd’hui,
la concurrence est beaucoup moins intra européenne
que mondiale. Cela veut dire que l’on a passé
son temps à se tirer une balle dans le pied. »
Elle a jugé, par exemple, « surréaliste
» le fait que les « quelques mesures »
qu’elle avait été amenée à
prendre au gouvernement pour favoriser l’innovation
pour les entreprises « ont toutes été
rabattues à la baisse pour cause de règles
communautaires » par la Commission de Bruxelles.
Le verre à moitié vide…
: pour ce qui est du « verre à moitié
vide », Nicole Fontaine relève aussi qu’il
n’y a pas de progrès en faveur de la majorité
qualifiée dans le domaine de la fiscalité
à cause de l’attitude des Anglais. «
Or, ajoute-t-elle avec juste raison, tous ceux qui connaissent
la question ont pensé que l’adoption de la
monnaie unique allait constituer inévitablement,
à terme, une harmonisation fiscale et sociale.
Et là, malheureusement dans ce domaine, on en reste
à l’unanimité », relève
la députée européenne. De même,
elle ne voit pas très bien ce que l’inclusion
de la Charte des droits fondamentaux dans le traité
constitutionnel apportera aux citoyens, car, précise-t-elle,
un certain nombre de droits ont été assortis
de la phrase « diabolique » suivante : «
Dans le respect des législations nationales »…
A plusieurs reprises, Nicole Fontaine a tenu à
préciser qu’elle n’était pas
« pessimiste ». Ce qui est très réconfortant,
a-t-elle insisté, « c’est que les opinions
publiques sont beaucoup plus européennes qu’on
ne le pense et qu’on ne le dit ».
…et à moitié plein :
l’autre exemple positif en faveur de la Constitution
tient à la création de la fonction de ministre
des Affaires étrangères de l’Union.
Ce qui devrait permettre à l’Europe d’éviter
de revivre des épisodes assez tristes comme ceux
du Kosovo, de la guerre d’Irak ou même, encore
dernièrement, avec le Tsunami où l’on
a vu « papa Bush et Clinton », mais personne
de l’Union européenne. Dorénavant,
il y aura un ministre des Affaires étrangères,
des ambassades, un vrai service diplomatique à
Bruxelles. « Si la volonté politique est
au rendez-vous, on peut espérer que l’Europe
aura enfin les moyens d’exister sur la scène
internationale », a-t-elle ajouté. En guise
de conclusion, Nicole Fontaine a déclaré
qu’elle était en total accord avec les déclarations
du chef de l’Etat du 4 janvier sur la relance de
la politique industrielle d’autant plus facilement
qu’elle lui en avait communiqué les grandes
lignes lorsqu’elle était au gouvernement
(y compris sur la nécessaire réforme de
la taxe professionnelle qui plombe les investissements
des industriels).
Portrait, la « Jeanne d’Arc »
de l’Europe : Nicole Fontaine, née
en 1942 en Seine-Maritime, est mariée et a un enfant
; elle est docteur d’Etat en droit public et diplômée
de l’IEP. Elle a été conseiller juridique
puis déléguée à l’enseignement
catholique (1965-1984), c’est sa période
de combat pour l’école libre. Elle a ensuite
entamé une carrière politique d’abord
au CDS puis à l’UDF, mais surtout auprès
de Simone Weil, qui l’a amenée à la
Présidence du Parlement européen de 1999
à 2002 ; ministre déléguée
à l’Industrie de 2002 à 2004, elle
a eu à assumer des décisions politiquement
délicates comme la redistribution de la présence
postale, la privatisation d’EDF et le lancement
de l’EPR ; elle est redevenue, depuis juin 2004,
députée au Parlement européen.
Daniel AMELINE