26/02/07
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N°05/03 - 25 janvier 2005
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> Objet :Petit-déjeuner Lamennais du 20 Février 2005 :
Nicole Fontaine,
députée au Parlement européen, ancienne ministre déléguée à l’Industrie

« Le traité constitutionnel, une nouvelle donne pour l’Europe ? »
Pour le « oui » mais pas « béni-oui-oui » : « Cela ne va pas être simple, mais je pense que l’on va gagner le référendum, car, quand trois grand partis, UMP, UDF et PS, sont derrière, la dynamique va faire que beaucoup de gens vont voter oui…, mais je suis peut-être trop optimiste », a dit Nicole Fontaine. Selon elle, l’argument le plus réel en faveur de la nouvelle Constitution, c’est qu’il corrige le traité « très mauvais et très médiocre » de Nice. Mais la députée européenne reconnaît que ce n’est pas facile à expliquer à l’opinion publique ! Elle redoute ainsi, avec juste raison sans doute, que les médias, durant la prochaine campagne du référendum, soient davantage enclins à donner des temps d’antenne à Philippe de Villiers ou à Nicolas Dupont-Aignan qui battront la campagne sur le thème « la Turquie, c’est la fin de l’Europe », plutôt qu’à son plaidoyer pro-européen raisonnablement optimiste. « Cette Constitution n’est pas la panacée, mais c’est un progrès, insiste-t-elle. Si l’on dit “non” à ce progrès, de toute évidence, on en prend pour des années d’immobilisme alors que chacun sait que la plupart des problèmes ont une solution à l’échelle de l’Europe. » Et Nicole Fontaine de résumer ainsi sa pensée : « On peut être pour le “oui” sans être “béni-oui-oui” ! »
La nécessité d’une « impulsion politique » : avec sa double expérience de ministre de l’Industrie et de présidente de l’Assemblée de Strasbourg, Nicole Fontaine a souligné la nécessité d’une « impulsion politique » pour bousculer les lenteurs de l’Europe. Interrogée sur le point de savoir si la nouvelle Constitution allait favoriser et encourager les fusions industrielles au niveau européen, la députée de l’Assemblée de Strasbourg a reconnu que non. « Et c’est là où le bat blesse, a-t-elle poursuivi avant d’expliquer, l’Europe s’est fondée sur la libre concurrence. C’est devenu un postulat. Mais cela doit être largement tempéré par l’évolution des choses. Car, aujourd’hui, la concurrence est beaucoup moins intra européenne que mondiale. Cela veut dire que l’on a passé son temps à se tirer une balle dans le pied. » Elle a jugé, par exemple, « surréaliste » le fait que les « quelques mesures » qu’elle avait été amenée à prendre au gouvernement pour favoriser l’innovation pour les entreprises « ont toutes été rabattues à la baisse pour cause de règles communautaires » par la Commission de Bruxelles.
Le verre à moitié vide… : pour ce qui est du « verre à moitié vide », Nicole Fontaine relève aussi qu’il n’y a pas de progrès en faveur de la majorité qualifiée dans le domaine de la fiscalité à cause de l’attitude des Anglais. « Or, ajoute-t-elle avec juste raison, tous ceux qui connaissent la question ont pensé que l’adoption de la monnaie unique allait constituer inévitablement, à terme, une harmonisation fiscale et sociale. Et là, malheureusement dans ce domaine, on en reste à l’unanimité », relève la députée européenne. De même, elle ne voit pas très bien ce que l’inclusion de la Charte des droits fondamentaux dans le traité constitutionnel apportera aux citoyens, car, précise-t-elle, un certain nombre de droits ont été assortis de la phrase « diabolique » suivante : « Dans le respect des législations nationales »… A plusieurs reprises, Nicole Fontaine a tenu à préciser qu’elle n’était pas « pessimiste ». Ce qui est très réconfortant, a-t-elle insisté, « c’est que les opinions publiques sont beaucoup plus européennes qu’on ne le pense et qu’on ne le dit ».
…et à moitié plein : l’autre exemple positif en faveur de la Constitution tient à la création de la fonction de ministre des Affaires étrangères de l’Union. Ce qui devrait permettre à l’Europe d’éviter de revivre des épisodes assez tristes comme ceux du Kosovo, de la guerre d’Irak ou même, encore dernièrement, avec le Tsunami où l’on a vu « papa Bush et Clinton », mais personne de l’Union européenne. Dorénavant, il y aura un ministre des Affaires étrangères, des ambassades, un vrai service diplomatique à Bruxelles. « Si la volonté politique est au rendez-vous, on peut espérer que l’Europe aura enfin les moyens d’exister sur la scène internationale », a-t-elle ajouté. En guise de conclusion, Nicole Fontaine a déclaré qu’elle était en total accord avec les déclarations du chef de l’Etat du 4 janvier sur la relance de la politique industrielle d’autant plus facilement qu’elle lui en avait communiqué les grandes lignes lorsqu’elle était au gouvernement (y compris sur la nécessaire réforme de la taxe professionnelle qui plombe les investissements des industriels).
Portrait, la « Jeanne d’Arc » de l’Europe : Nicole Fontaine, née en 1942 en Seine-Maritime, est mariée et a un enfant ; elle est docteur d’Etat en droit public et diplômée de l’IEP. Elle a été conseiller juridique puis déléguée à l’enseignement catholique (1965-1984), c’est sa période de combat pour l’école libre. Elle a ensuite entamé une carrière politique d’abord au CDS puis à l’UDF, mais surtout auprès de Simone Weil, qui l’a amenée à la Présidence du Parlement européen de 1999 à 2002 ; ministre déléguée à l’Industrie de 2002 à 2004, elle a eu à assumer des décisions politiquement délicates comme la redistribution de la présence postale, la privatisation d’EDF et le lancement de l’EPR ; elle est redevenue, depuis juin 2004, députée au Parlement européen.

                                                                                                         Daniel AMELINE



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