«L’industrie de la Défense et sa
place en Europe»
Des chiffres : Le
poids de l’industrie de Défense est énorme,
environ quinze milliards d’euros par an. C’est
le premier investisseur de l’Etat. Il permet de
réaliser quatre milliards d’euros d’exportations
en faisant travailler 2 500 PME-PMI. Le secteur emploie
directement 170 000 personnes, et concerne au total entre
deux et deux millions et demi d’emplois en France,
soit 10% de la population active. L’industrie de
Défense effectue de très gros efforts de
restructuration d’abord franco-français,
mais aussi franco-européens. Pour être crédible,
il faut d’abord, selon Guy Tessier, se réformer,
puis s’allier avec d’autres partenaires européens
pour faire face « au géant américain
et à l’émergence annoncée des
pays d’Asie».
L’exemple réussi
d’EADS : Le député des Bouches-du-Rhône
a pris l’exemple de la réussite parfaite
du domaine de l’aéronautique. «Qui
aurait pu dire, autour de cette table, il y a dix ou quinze
ans, que nous damerions un jour le pion à Boeing
?». Ce qui a été réussi par
EADS, a-t-il ajouté, pourrait l’être
également dans le naval. «Je milite ardemment
pour une espèce d’Airbus naval», a-t-il
précisé. Il verrait bien un groupe naval
se constituer avec l’Espagne, l’Allemagne
et, pourquoi pas, la Suède, pour faire face aux
six groupes américains… alors que nous en
avons encore 26 en Europe ! L’exemple d’EADS
prouve que ces regroupements portent leurs fruits alors,
pourquoi pas un consortium naval européen ?
«On est allé peut-être
un peu vite» : Le président de la
commission de la Défense a expliqué sur
l’éventuelle fusion EADS-Thalès les
réactions hostiles de nos voisins. «Les Britanniques
dans la société Thalès de droit anglais
ont prévu que toute modification de capital devrait
faire l’objet d’un contrôle initial
par le gouvernement britannique, a-t-il rappelé.
Nous devrions peut-être imaginer un tel système
pour nos industries, a-t-il souligné avant d’ajouter
: C’est la raison pour laquelle, j’ai demandé
à deux de mes collègues députés
- un de la majorité et l’autre de l’opposition
- de faire un rapport sur les intrusions intempestives
de certains capitaux américains dans l’industrie
nationale et européenne». Quant au raidissement
allemand sur la fusion EADS-Thalès, Guy Teissier
l’a mis au compte d’une certaine précipitation
du côté français. «On est allé
peut être un peu vite. Il aurait fallu que nous
parlions davantage avec nos voisins et amis allemands
pour les habituer à cette idée. Toutefois
cela répond parfaitement à une ligne industrielle»,
a conclu Guy Teissier.
Les «contours»
de l’Agence européenne : Interrogé,
d’autre part, sur l’Agence européenne
de Défense, dirigée actuellement par un
britannique, Guy Teissier s’est montré un
peu dubitatif. «C’est une belle avancée,
car nous nous sommes enfin mis d’accord. La première
chose, maintenant, c’est d’en connaître
exactement les contours, car, aujourd’hui, nous
ne savons pas quel est exactement son rôle».
En résumé, cette Agence européenne
devrait recenser les besoins des pays de l’Union,
les industries dont ils disposent pour les satisfaire
et voir ce qui peut être rapproché au niveau
industriel. Abordant le problème spécifique
du renseignement le député de Marseille
a reconnu que la France était «très
dépendante de l’industrie américaine»
dans ce domaine. Ce qui n’est pas un gage de neutralité
ni d’indépendance pour nos systèmes
d’écoute et de décodages.
Portrait : Un «capitaine»
dynamique : Guy Teissier Député
est né le 4 avril 1945 à Marseille, il est
marié et a deux enfants. Juriste de formation il
a été clerc de notaire, puis administrateur
de biens. Mais, en réalité, il a toujours
été attiré par la chose militaire
et, s’il n’avait pas fait une carrière
politique, il se serait engagé dans la «grande
Muette». D’ailleurs, il a été
instructeur pendant plus de vingt ans dans le cadre de
la réserve opérationnelle avec le grade
de capitaine, chez les parachutistes. Passionné
de chasse au gros gibier il aime aussi faire du vélo
et des randonnées en montagne dans les Hautes-Alpes.
Député des Bouches-du-Rhône
depuis 1988, président de la commission de la Défense
nationale et des Forcées armées depuis 2002,
vice-président des groupes d’amitié
entre la France et l’Arménie, Israël
et la Lettonie, Guy Teissier est à l’origine
de la désormais fameuse «Université
d’été» de la Défense
qui réunit, depuis deux ans, tous les acteurs de
la défense française et européenne,
militaires, industriels, politiques et journalistes autour
d’un thème défini. Il a d’autre
part initié le contrôle de l’exécution
du budget de la Défense : à la tête
d’une délégation de députés
il rencontre les chefs d’état-major des armées,
puis les représentants de la DGA pour obtenir des
explications sur les éventuels retards de livraison
des appareils. Toujours en contact avec les industriels
français, Guy Teissier n’hésite pas
à revendiquer le rôle de VRP pour le matériel
d’armement français.
Daniel AMELINE