Compte tenu de l’importance économique
des choix européens, en particulier dans la compétition
mondiale, le Club Lamennais a décidé de consacrer
plusieurs de ses petits déjeuners au «destin
de la France dans l’Europe» en invitant des
personnalités de droite et de gauche qui ont opté
soit pour le «oui», soit pour le «non»
au prochain Référendum annoncé sur
le projet de Constitution européenne.
Nicolas Dupont-Aignan, député
UMP de l’Essonne, partisan du «non»,
a été reçu le premier par le hasard
des agendas. Pour lui, le projet de Constitution change
«quelque chose de profond», car il fait basculer
le système européen vers le «fédéralisme».
«Les traités de Maastricht, Amsterdam et
Nice, qui rythment la construction européenne depuis
1992, sont des traités d’inspiration fédérale»
souligne-t-il. «La Constitution que l’on nous
propose aujourd’hui est la prolongation de ces traités.
Elle n’apporte pas de révolution, mais elle
va faire basculer le système». Gaulliste,
il souhaite revenir à l’Europe «confédérale»,
quitte, comme l’avait fait, en 1965, le général,
à ce que la France pratique la politique de la
«chaise vide» pour «casser la dérive
fédéraliste du traité de Rome».
Contre un «ordre juridique»
européen
Parmi les reproches principaux que
Nicolas Dupont-Aignan adresse au projet de Constitution
européenne, figure celui d’arrêter
définitivement «un ordre juridique européen
qui l’emporte sur les ordres juridiques nationaux»:
la Cour européenne des droits de l’Homme
va «légiférer», la Cour de justice
des communautés européennes assurera la
«jurisprudence». On introduit ainsi, selon
lui, une base jurisprudentielle «colossale»
qui va pouvoir être interprétée à
tout va ; «les Etats-Nations qui mettent en commun
des politiques vont basculer vers un Etat européen
avec son ordre juridique auquel on devra obéir.
Dans le nouveau système la Commission de Bruxelles
devient le gouvernement. Elle est responsable devant le
Parlement européen. Face à Elle, le Conseil
européen qui réunit les chefs d’Etat
et de gouvernement, agissant dans de nombreux domaines
à la majorité qualifiée, ne représente
plus les Etats».
Des «pièges»
pour la France et l’Europe
Et d’ajouter que seront cautionnées
dans le projet de Constitution «les politiques arrêtées
à Maastricht : celle de la lutte contre l’inflation
au détriment de la lutte contre le chômage,
et la politique de libre concurrence considérée
comme un dogme» et que se révèleront
d’autres «pièges » comme celui
du «vide politique de l’Europe». Pour
Dupont-Aignan «La démocratie européenne
est un mythe, il n’y a aucune lisibilité
politique». Et si encore, poursuit-il, «une
Europe non démocratique servait à nous rendre
forts, cela pourrait se concevoir à la rigueur».
Pour l’essentiel en conclusion, le député
UMP préconise de remettre sur pied une «Europe
confédérale dans son fonctionnement»,
et surtout de mettre en place une Europe à géométrie
variable, une sorte d’«Airbus généralisé»
en créant des agences par thème auxquelles
participeraient les pays qui le souhaitent. Cela impliquerait
l’institution de «majorités super qualifiées»
et de «coopérations renforcées»
en Europe.
Portrait : Le «trublion»
gaulliste
Nicolas Dupont-Aignan est né
le 7 mars 1961 à Paris, marié il a deux
filles. Après avoir collé des affiches de
Chaban et lu les Mémoires d’espoir du Général,
il entre à Sciences Po puis à l’ENA.
Nommé sous-préfet en 1989, il devient en
1993 conseiller technique au cabinet de Michel Barnier,
alors ministre de l’Environnement. En dehors de
son premier engagement symbolique, mais sincère
pour Chaban-Delmas, son autre filiation idéologique
c’est Philippe Séguin. Son engagement auprès
de lui, dans la campagne contre Maastricht en 1992, fut
total. Aujourd’hui, député de l’Essonne
et maire de Yerres, il préside un mouvement politique
associé à l’UMP, «Debout la
République» qui regroupe 4 000 adhérents
réels, des anciens gaullistes et du RPR qui ne
veulent pas entendre parler de l’UMP.
Daniel AMELINE