«Recherche publique et évaluation»
Le grand débat national sur
la recherche a mis en avant quelques grands problèmes
de la recherche en France, dont :
- l’insuffisance des budgets qui lui sont consacrés
(même si le budget n’est pas le seul critère
de jugement sur son «efficacité»),
- l’organisation et le fonctionnement de la recherche
publique et notamment la valorisation de celle-ci, et
simultanément le malaise des chercheurs dans certains
domaines (biologistes et médecins en particulier).
De ce débat, l’opinion
publique peut retirer deux impressions :
- il faut augmenter les budgets,
- il faut améliorer l’efficacité de
la recherche publique.
Pierre Potier est l’exemple même
du chercheur public (le CNRS) qui a réussi à
trouver des molécules pharmaceutiques innovantes
avec l’aide des industriels (P. Fabre et Rhône-Poulenc-Rorer,
devenue Aventis et bientôt SANOFI), avec un succès
incomparable : son «Taxotère» est devenu
l’un des «blockbuster»
(= champion du monde) de la pharmacopée
mondiale contre le cancer : chiffre d’affaires 1,7
millard d’euros ! Hélas il est pratiquement
le seul : ses brevets représentent de l’ordre
de 90% des revenus de brevets issus du CNRS (les revenus
globaux des brevets représentent 3% du chiffre
d’affaires HT des produits qui en découlent,
dont 75% reviennent au CNRS, et 25% aux chercheurs).
C’est pourquoi, il était
intéressant de connaître les «recettes»
de Pierre Potier, membre de l’Académie des
Sciences et de Pharmacie, titulaire de nombreux prix en
France et à l’étranger, reconnu, avec
son équipe, dans le monde entier, pour «valoriser»
la recherche publique, comme il l’avait lui-même
fait de façon isolée. S’il ne nous
a pas donné un inventaire complet de celles-là,
il nous a fourni quelques indications fortes, au travers
de son expérience personnelle :
a) Il se veut d’abord un «élitiste
forcené» ce qui induit beaucoup de conséquences
comme: sélection, promotion, récompenses
au vu des «résultats», avec, par exemple,
collecte des fonds européens en envoyant à
Bruxelles les plus aptes à le faire.
b) Dans ce cadre,
les chercheurs publics ou privés doivent être
«personnellement récompensés pour
leurs inventions donnant lieu à plus-value»,
cette récompense devant être liée
à la vie industrielle de celle-ci, et non à
celle de l’individu, et imposée comme les
plus-values à long terme et non comme un revenu.
c) En matière
d’organisation, la collaboration Public-Privé
doit être systématique (et non exceptionnelle
comme dans son cas) ; les «négociations»
sur les redevances doivent être négociées
dès les premiers contacts, pour éviter toute
contestation liée à l’évolution
du projet.
d) En matière
de « management », notamment du CNRS, P. Potier
stigmatise un «climat» de «jalousie
et d’incompétence», et une mauvaise
situation financière liée à une médiocre
gestion.
e) En matière
d’innovation, Pierre Potier manifeste son «courroux»
contre notamment l’insuffisance des brevets, mais
encore plus sur celle des brevets «appliqués».
f) Il considère
l’enseignement technique, dont la chimie, comme
très peu pédagogique, regrettant la disparition
de l’esprit des «leçons de chose»
du passé.
g) D’une façon
plus large, Pierre Potier souhaite que soit créé
en France un Grand Ministère du Futur, regroupant
: Recherche et Technologie, Industrie et Commerce extérieur,
analogue à un MITI japonais, ce qui serait bien
plus efficace. Il considère l’association
Enseignement Supérieur et Recherche comme néfaste,
préférant une bonne coordination à
une greffe.
Pierre Potier nous est donc apparu
comme «l’homme révolté»
selon le titre d’un ouvrage bien connu, c’est
à dire un homme de progrès. Ce progrès,
il le poursuit, à plus de 70 ans, au travers de
recherche sur le diabète «métabolique»
(donc provoqué par l’excès de nourriture
ou le manque d’exercice, c’est à dire
le mode de vie), qui touche 200 millions de personnes
dans le monde et cela uniquement grâce aux redevances
de ses précédents succès.
Bruno Wiltz