6/10/04
 Flash info
N°04/28 - 8 juillet 2004
> Consulter la liste des flash
> Objet : Petit déjeuner Lamennais 6 juillet 2004 : Pierre POTIER,
Membre de l'Institut, Président de la Maison de Chimie

«Recherche publique et évaluation»

Le grand débat national sur la recherche a mis en avant quelques grands problèmes de la recherche en France, dont :
- l’insuffisance des budgets qui lui sont consacrés (même si le budget n’est pas le seul critère de jugement sur son «efficacité»),
- l’organisation et le fonctionnement de la recherche publique et notamment la valorisation de celle-ci, et simultanément le malaise des chercheurs dans certains domaines (biologistes et médecins en particulier).

De ce débat, l’opinion publique peut retirer deux impressions :
- il faut augmenter les budgets,
- il faut améliorer l’efficacité de la recherche publique.

Pierre Potier est l’exemple même du chercheur public (le CNRS) qui a réussi à trouver des molécules pharmaceutiques innovantes avec l’aide des industriels (P. Fabre et Rhône-Poulenc-Rorer, devenue Aventis et bientôt SANOFI), avec un succès incomparable : son «Taxotère» est devenu l’un des «blockbuster»

(= champion du monde) de la pharmacopée mondiale contre le cancer : chiffre d’affaires 1,7 millard d’euros ! Hélas il est pratiquement le seul : ses brevets représentent de l’ordre de 90% des revenus de brevets issus du CNRS (les revenus globaux des brevets représentent 3% du chiffre d’affaires HT des produits qui en découlent, dont 75% reviennent au CNRS, et 25% aux chercheurs).

C’est pourquoi, il était intéressant de connaître les «recettes» de Pierre Potier, membre de l’Académie des Sciences et de Pharmacie, titulaire de nombreux prix en France et à l’étranger, reconnu, avec son équipe, dans le monde entier, pour «valoriser» la recherche publique, comme il l’avait lui-même fait de façon isolée. S’il ne nous a pas donné un inventaire complet de celles-là, il nous a fourni quelques indications fortes, au travers de son expérience personnelle :

a) Il se veut d’abord un «élitiste forcené» ce qui induit beaucoup de conséquences comme: sélection, promotion, récompenses au vu des «résultats», avec, par exemple, collecte des fonds européens en envoyant à Bruxelles les plus aptes à le faire.

b) Dans ce cadre, les chercheurs publics ou privés doivent être «personnellement récompensés pour leurs inventions donnant lieu à plus-value», cette récompense devant être liée à la vie industrielle de celle-ci, et non à celle de l’individu, et imposée comme les plus-values à long terme et non comme un revenu.

c) En matière d’organisation, la collaboration Public-Privé doit être systématique (et non exceptionnelle comme dans son cas) ; les «négociations» sur les redevances doivent être négociées dès les premiers contacts, pour éviter toute contestation liée à l’évolution du projet.

d) En matière de « management », notamment du CNRS, P. Potier stigmatise un «climat» de «jalousie et d’incompétence», et une mauvaise situation financière liée à une médiocre gestion.

e) En matière d’innovation, Pierre Potier manifeste son «courroux» contre notamment l’insuffisance des brevets, mais encore plus sur celle des brevets «appliqués».

f) Il considère l’enseignement technique, dont la chimie, comme très peu pédagogique, regrettant la disparition de l’esprit des «leçons de chose» du passé.

g) D’une façon plus large, Pierre Potier souhaite que soit créé en France un Grand Ministère du Futur, regroupant : Recherche et Technologie, Industrie et Commerce extérieur, analogue à un MITI japonais, ce qui serait bien plus efficace. Il considère l’association Enseignement Supérieur et Recherche comme néfaste, préférant une bonne coordination à une greffe.

Pierre Potier nous est donc apparu comme «l’homme révolté» selon le titre d’un ouvrage bien connu, c’est à dire un homme de progrès. Ce progrès, il le poursuit, à plus de 70 ans, au travers de recherche sur le diabète «métabolique» (donc provoqué par l’excès de nourriture ou le manque d’exercice, c’est à dire le mode de vie), qui touche 200 millions de personnes dans le monde et cela uniquement grâce aux redevances de ses précédents succès.

Bruno Wiltz

Imprimer cette page
Haut de page
7, rue Lamennais 75008 PARIS Tel : 01 44 13 66 88 Fax : 01 42 89 82 50
contactez notre webmaster