2/06/04
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N°04/21 - 24 mai 2004
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 12 mai 2004 : Jean-Yves Le Déaut, député PS de Meurthe-et-Moselle, vice-président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques

Ne pas avoir peur de la science, mais l’expliquer
Ont été discutés avec Jean-Yves Le Déaut, l’«absence» de la recherche française sur la scène internationale, la fuite des jeunes « cerveaux » français, le manque de mobilité dans la recherche publique et aussi le retard pris par la recherche dans le secteur privé et l’insuffisance des moyens budgétaires qui y sont consacrés dans le public. La rallonge d’un milliard d’euros par an, décidée par le gouvernement pour les trois prochaines années, toujours bonne à prendre, présente l’inconvénient d’avoir été décidée dans l’urgence, alors qu’il conviendrait de prévoir un financement pluriannuel pour préparer la nécessaire relève en raison des départs en retraite prévisibles. Il a mis en exergue, avec juste raison, l’une des faiblesses principales de notre système politique qui considère que la science et la technologie, « cela va de soi ». « Il n’y a pas, dans la classe politique française, une prise de conscience suffisante de la nécessité du travail du chercheur, de l’ingénieur, du scientifique dans la vie publique. Nous avons un système de pensée et de formation qui tient de la pensée unique. À droite comme à gauche, les dirigeants n’ont pas compris l’importance de la science et de la technique dans la vie de tous les jours », a-t-il souligné avec force.

L’exemple des OGM
Jean-Yves Le Déaut regrette que notre pays et l’Europe s’embourbent «dans je ne sais quel moratoire» alors qu’un certain nombre de pays concurrents avancent et décident : «63 millions d’hectares dans le monde ont été cultivés avec des OGM en 2003. Chez-nous, il n’y a plus d’expérimentation, des présidents de régions s’affichant même comme défenseurs de “régions sans OGM”. C’est comme si on avait dit, au XIXe siècle, qu’il y aurait des régions sans chemin de fer. C’est à la technique que l’on s’attaque. Que certains OGM soient mauvais, c’est certain. Que l’on accuse la totalité de la technique, c’est à mon avis catastrophique». Selon lui, en effet, dans les domaines de la santé et de l’agro-alimentaire, par exemple, les progrès ne viendront que si la technique de transgénèse se développe. Les conséquences de cette frilosité intellectuelle, et politique, aboutissent à ce que les chercheurs se démoralisent tandis que le public reçoit une image très controversée du développement de la science.

Si l’on veut avoir des jeunes…
Face à la désaffection des jeunes à l’égard des sciences dites dures, Jean-Yves Le Déaut préconise, d’une part, de revaloriser la situation des doctorants et des «post-doc», et, d’autre part, de donner une impulsion significative aux recrutements à travers un plan pluriannuel de programmation des postes: «tant que l’on méprisera la matière grise, insiste-t-il, les chercheurs se démobiliseront et abandonneront les carrières scientifiques». Autres préconisations avancées : favoriser la pluridisciplinarité, assurer une meilleure mobilité et une meilleure évaluation. «Il faut donner plus de chances à de jeunes équipes, poursuit-il. Une équipe et un projet doivent avoir une durée limitée dans le temps, comme dans l’entreprise».

Revaloriser la science dès le primaire
«Pour ne plus avoir peur de la science, dit-il encore, il faut l’expliquer. Ne pas considérer les citoyens comme de simples consommateurs, car ils souhaitent avoir leur mot à dire sur les évolutions de la société». Pour lui, il faut «revaloriser la science dès l’école primaire», et diffuser la culture scientifique et technique. Faire en sorte que les citoyens soient en mesure de dominer leur avenir.

Portrait : Un breton voyageur fixé en Lorraine
Jean-Yves Le Déaut est né le 1er février 1945 à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), il est marié et a deux enfants. Il est amateur de golf, de marche et d’orchidées.

Après Math Sup à Lorient il obtient sa maîtrise en biochimie à Rennes (1968) et un Doctorat es sciences à Strasbourg (1976). Après trois ans à Madagascar il rejoint l’Université de Nancy I où il est élu, en 1984, directeur de l’UER de sciences biologiques.

Inscrit en 1985 au parti socialiste il est élu député en 1986 et, depuis 1988, constamment réélu dans la circonscription de Pont-à-Mousson. Il est aujourd’hui premier vice président de la région Lorraine, chargé du développement économique et de la recherche. Son intention est de proposer à l’Anvar de faire de la région Lorraine une région-pilote. Car il conçoit le rôle de la région comme celui d’un «catalyseur» susceptible d’initier une réaction en chaîne entre le produit régional et l’intelligence économique. Son objectif, ambitieux, consiste ainsi à créer l’un des premiers « hub européen »avec le Luxembourg.

Daniel AMELINE

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