Ne
pas avoir peur de la science, mais l’expliquer
Ont été discutés avec Jean-Yves Le Déaut,
l’«absence» de la recherche française
sur la scène internationale, la fuite des jeunes «
cerveaux » français, le manque de mobilité
dans la recherche publique et aussi le retard pris par la
recherche dans le secteur privé et l’insuffisance
des moyens budgétaires qui y sont consacrés
dans le public. La rallonge d’un milliard d’euros
par an, décidée par le gouvernement pour les
trois prochaines années, toujours bonne à prendre,
présente l’inconvénient d’avoir
été décidée dans l’urgence,
alors qu’il conviendrait de prévoir un financement
pluriannuel pour préparer la nécessaire relève
en raison des départs en retraite prévisibles.
Il a mis en exergue, avec juste raison, l’une des faiblesses
principales de notre système politique qui considère
que la science et la technologie, « cela va de soi ».
« Il n’y a pas, dans la classe politique française,
une prise de conscience suffisante de la nécessité
du travail du chercheur, de l’ingénieur, du scientifique
dans la vie publique. Nous avons un système de pensée
et de formation qui tient de la pensée unique. À
droite comme à gauche, les dirigeants n’ont pas
compris l’importance de la science et de la technique
dans la vie de tous les jours », a-t-il souligné
avec force. L’exemple
des OGM
Jean-Yves Le Déaut regrette que notre pays et l’Europe
s’embourbent «dans je ne sais quel moratoire»
alors qu’un certain nombre de pays concurrents avancent
et décident : «63 millions d’hectares
dans le monde ont été cultivés avec
des OGM en 2003. Chez-nous, il n’y a plus d’expérimentation,
des présidents de régions s’affichant
même comme défenseurs de “régions
sans OGM”. C’est comme si on avait dit, au XIXe
siècle, qu’il y aurait des régions sans
chemin de fer. C’est à la technique que l’on
s’attaque. Que certains OGM soient mauvais, c’est
certain. Que l’on accuse la totalité de la
technique, c’est à mon avis catastrophique».
Selon lui, en effet, dans les domaines de la santé
et de l’agro-alimentaire, par exemple, les progrès
ne viendront que si la technique de transgénèse
se développe. Les conséquences de cette frilosité
intellectuelle, et politique, aboutissent à ce que
les chercheurs se démoralisent tandis que le public
reçoit une image très controversée
du développement de la science.
Si l’on veut avoir des
jeunes…
Face à la désaffection des jeunes à
l’égard des sciences dites dures, Jean-Yves
Le Déaut préconise, d’une part, de revaloriser
la situation des doctorants et des «post-doc»,
et, d’autre part, de donner une impulsion significative
aux recrutements à travers un plan pluriannuel de
programmation des postes: «tant que l’on méprisera
la matière grise, insiste-t-il, les chercheurs se
démobiliseront et abandonneront les carrières
scientifiques». Autres préconisations avancées
: favoriser la pluridisciplinarité, assurer une meilleure
mobilité et une meilleure évaluation. «Il
faut donner plus de chances à de jeunes équipes,
poursuit-il. Une équipe et un projet doivent avoir
une durée limitée dans le temps, comme dans
l’entreprise».
Revaloriser la science dès
le primaire
«Pour ne plus avoir peur de
la science, dit-il encore, il faut l’expliquer. Ne
pas considérer les citoyens comme de simples consommateurs,
car ils souhaitent avoir leur mot à dire sur les
évolutions de la société». Pour
lui, il faut «revaloriser la science dès l’école
primaire», et diffuser la culture scientifique et
technique. Faire en sorte que les citoyens soient en mesure
de dominer leur avenir.
Portrait : Un breton voyageur
fixé en Lorraine
Jean-Yves Le Déaut est né le 1er février
1945 à Guémené-sur-Scorff (Morbihan),
il est marié et a deux enfants. Il est amateur de
golf, de marche et d’orchidées.
Après Math Sup à Lorient
il obtient sa maîtrise en biochimie à Rennes
(1968) et un Doctorat es sciences à Strasbourg (1976).
Après trois ans à Madagascar il rejoint l’Université
de Nancy I où il est élu, en 1984, directeur
de l’UER de sciences biologiques.
Inscrit en 1985 au parti socialiste il
est élu député en 1986 et, depuis 1988,
constamment réélu dans la circonscription
de Pont-à-Mousson. Il est aujourd’hui premier
vice président de la région Lorraine, chargé
du développement économique et de la recherche.
Son intention est de proposer à l’Anvar de
faire de la région Lorraine une région-pilote.
Car il conçoit le rôle de la région
comme celui d’un «catalyseur» susceptible
d’initier une réaction en chaîne entre
le produit régional et l’intelligence économique.
Son objectif, ambitieux, consiste ainsi à créer
l’un des premiers « hub européen »avec
le Luxembourg.
Daniel AMELINE
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