21/04/06
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N°04/15 - 2 avril 2004
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 31 mars 2004, Pierre LAFITTE, Sénateur des Alpes-Maritimes, Vice-président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques
La nécessaire démocratisation du savoir scientifique
Pour s’adapter aux nouvelles règles de l’européanisation et de la mondialisation, chaque citoyen doit pouvoir disposer des connaissances et des références qui permettent de comprendre les questions scientifiques et techniques, lesquelles prennent une place croissante dans l’évolution du monde et de notre société, «faute de quoi, nos compatriotes risquent de développer un sentiment de rejet systématique», estime Pierre Laffitte. «La méconnaissance des règles de base, même de mes collègues parlementaires, est effarante». Il va même plus loin : «ce n’est pas seulement la science et la technologie qui sont inconnues mais aussi les bases de l’économie». Le fait qu’il faille d’abord produire de la richesse avant de la distribuer, ce qui paraît évident, «ne passe pas auprès des députés et sénateurs» et même de la grande majorité des élus locaux qui cherchent tous à être réélus !

Avant tout faire comprendre les évolutions
«Ce qui fait vivre notre pays, désormais, c’est le commerce et la matière grise. Cela n’est pas entré dans l’esprit des syndicats, des politiques ni des médias. Si une usine d’une centaine de personnes ferme, cela fait un drame. Si une société de services recrute 5 000 personnes, c’est un tout petit entrefilet. Il y a une méconnaissance systématique de l’évolution qui s’accélère sous les effets de l’européanisation et de la mondialisation», assure Pierre Laffitte. Il met aussi en cause les professeurs d’économie qui s’égarent dans des considérations macro-économiques alors que l’approche microéconomique permet de trouver des solutions concrètes. «Il y a un problème d’enseignement pratique de l’économie, il faut faire sortir les élèves des collèges pour aller voir ce qui passe effectivement dans les petites entreprises. Cela donnera une motivation aux professeurs et à leurs élèves sur ce qu’est la vie réelle. La pédagogie moderne, c’est de sortir de l’école».

Donner aux jeunes une appétence scientifique
Pour donner aux jeunes l’appétence pour la culture scientifique et technologique, Pierre Laffitte propose de faire diffuser dans les provinces des petites expositions du type de celle qui a été montée avec le soutien d’ EDF à Sophia-Antipolis, intitulée «Qu’est ce qu’il y a derrière la prise ?». Il regrette la manière dont la France dépense ses crédits à travers des organismes de prestige essentiellement parisiens, ce qui n’est pas diffuser la culture scientifique et économique dans l’ensemble du pays.

Financer des projets à trois ou six ans
La révolte des chercheurs n’est ni nouvelle ni une surprise pour Pierre Laffitte, dans la mesure où le financement de la recherche est perçu comme un financement de structures et non pas de projets. Mises à part des structures à finalité bien définie comme l’INRA, il préconise de financer la recherche sur des thématiques précises et de façon définie «pour trois ans ou deux fois trois ans», ce qui est contraire, selon lui, à l’état d’esprit dans lequel s’est développé le CNRS. À propos de la mobilité des chercheurs français et européens, le sénateur met en évidence un déséquilibre en faveur des États-Unis qui accueillent 50 000 chercheurs étrangers par an, ce qui équivaut à «un transfert de 50 milliards de dollars !». Cela explique la suprématie technologique des États-Unis, mais aussi leur fragilité. Pierre Laffitte préconise que l’Europe réagisse et lance un emprunt de 150 milliards d’euros pour faire repartir son économie à partir de grands projets d’innovation (électronique, mécanique, énergétique, recherche militaire, etc.).

Portrait
Né le 1er janvier 1925, Pierre Laffitte est formé par Célestin Freinet dont la méthode, active, directive et intelligente, ressemble beaucoup à celle promue par Georges Charpak avec son opération «la Main à la Pâte». Il entre à Polytechnique en 1944 et après l’Ecole des Mines en 1947 il commence sa carrière au BRGM. En 1963, il devient directeur, puis président, de l’ Ecole des Mines de Paris. Il y introduit la recherche, non sans opposition. Il crée la Conférence des Grandes Ecoles forte d’une centaine d’ Ecoles et lutte en 1981 contre la décision de François Mitterand de supprimer celles-ci.

La grande œuvre de Pierre Laffitte, c’est Sophia Antipolis en 1968 : parc scientifique rassemblant des établissements de recherche, des centres de formation et des sociétés industrielles, il regroupe aujourd’hui 12 000 établissements avec 35 000 personnes dont la moitié d’ingénieurs et cadres.

Pierre Laffitte est conseiller municipal de Saint-Paul-de-Vence depuis 1968 et sénateur des Alpes Maritimes depuis 1985. Sa véritable étiquette, c’est celle d’homme politique, ardent défenseur de la culture scientifique, agitateur d’idées et fédérateur de projets, comme il en existe – hélas ! – trop peu dans nos assemblées parlementaires.

Daniel AMELINE

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