21/04/06
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N°04/10 - 4 mars 2004
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 25 février 2004, Nicolas Hulot, le Développement Durable, l’occasion de redonner du sens au progrès
 
D’entrée de jeu, Nicolas Hulot rappelle que dans de nombreux domaines notre société est dans l’impasse et qu’elle a besoin de tous pour que les solutions que nous apportons aux problèmes d’aujourd’hui soient en ligne avec les impératifs de demain.

Puis il reconnaît que, hautement proclamée par tous, il existe aujourd’hui une prise de conscience planétaire des problèmes, mais il craint que nous servant d’alibi, elle se satisfasse de considérations théoriques sur les impacts, débouche sur l’immobilisme et rende difficile le passage à l’action qui est désormais nécessaire.

Alors que notre société n’a jamais été aussi brillante, la terre est devenue plus vulnérable et ses capacités de régénération bien moindres. Nous avons changé d’échelle. Il faut donc agir et ne pas se résigner à la fatalité ou au fatalisme. L’attitude qui consiste à faire totalement confiance à la science pour trouver des solutions ou à se proclamer défenseur de Kyoto en limitant les interventions, n’est pas à la hauteur des enjeux. C’est le moment de se fixer librement des contraintes pour éviter de se retrouver en position de réaction. Demain il sera trop tard.

S’il est vrai que de bonnes nouvelles pour l’économie sont parfois désastreuses pour l’environnement, il ne faut pas accepter le retour en arrière. L’arsenal d’outils dont nous disposons aujourd’hui est une occasion unique de redonner du sens au progrès. En mobilisant tous les acteurs de la société pour des actions individuelles aussi bien que collectives, et en nous appuyant sur les savoirs extraordinaires que nous a légué le 20éme siècle, le tribut payé à la crise écologique sera moindre.

Dans la problématique du Développement durable, les changements climatiques et leurs traductions sur la biodiversité sont d’une extrême gravité. Les effets d’inertie sont, en effet, considérables et les efforts à produire pour les limiter sont énormes. Face à cette situation, les réponses actuelles sont dérisoires. Kyoto ne représente que 5 à 6 % des contributions pour obtenir un impact neutre ; une journée sans voiture, symbolique sans doute, n’est qu’un gadget ! Quant à la disparition des espèces, il faut l’appréhender comme étant un mouvement irréversible. D’ici 2035, selon la revue Nature, près de 40 % de la biodiversité aura disparu ou sera compromise. L’humanité ne pourra faire cavalier seul.

Le Développement durable ne va pas à l’encontre de la croissance à laquelle le citoyen est sensible. Il est une ambition avec de nouvelles responsabilités. Il implique des efforts de recherche pour valider des alternatives et de la cohérence à tous les niveaux de décision. La collectivité y a sa part en se chargeant des investissements nécessaires pour prévenir les conséquences des inondations, les dérives d’une alimentation mal contrôlée, les effets sanitaires d’antibiotiques ingérés sans le savoir, ou tirer partie des gisements d’économie dans le bâtiment, par exemple.

Intégrer le Développement durable c’est pour la société travailler sur une longue échelle de temps, avec ses agriculteurs, ses ingénieurs, ses scientifiques, ses politiques, chacun dans leur rôle. Certes cela a un coût ; s’il est supportable dans les grands groupes industriels il est très lourd pour les PME qui vivent avec une échelle de temps pressante. Pour l’imposer comme cela a été fait avec la Démarche Qualité, l’opinion doit s’investir, promouvoir des références à la vie commune, faire en sorte que soit donnée une valeur à chaque chose, réduire les gâchis. La société doit proposer une stratégie fiscale, promouvoir de façon cohérente des labels à l’empreinte écologique ... et surtout imposer que soit effectué un travail considérable d’information, d’éducation de toutes les couches de la société pour «distiller» le Développement durable – culture par excellence transversale - dans tous les enseignements.

Face aux populations qui ne mangent pas à leur faim, nos sociétés occidentales devront être exemplaires et vertueuses. Encore faudra-t-il bien évaluer le rapport efficacité/coût des investissements avant de les autoriser et de généraliser. Nous avons les capacités de les prendre en compte au nom de ceux qui ne le peuvent pas, aujourd’hui et demain. Agissons et avec le Développement durable redonnons du sens au progrès.

Robert DESCOURS

 


 


 



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