D’entrée de jeu, Nicolas Hulot rappelle
que dans de nombreux domaines notre société
est dans l’impasse et qu’elle a besoin de tous
pour que les solutions que nous apportons aux problèmes
d’aujourd’hui soient en ligne avec les impératifs
de demain.
Puis il reconnaît que, hautement proclamée
par tous, il existe aujourd’hui une prise de conscience
planétaire des problèmes, mais il craint que
nous servant d’alibi, elle se satisfasse de considérations
théoriques sur les impacts, débouche sur l’immobilisme
et rende difficile le passage à l’action qui
est désormais nécessaire.
Alors que notre société n’a jamais
été aussi brillante, la terre est devenue
plus vulnérable et ses capacités de régénération
bien moindres. Nous avons changé d’échelle.
Il faut donc agir et ne pas se résigner à
la fatalité ou au fatalisme. L’attitude qui
consiste à faire totalement confiance à la
science pour trouver des solutions ou à se proclamer
défenseur de Kyoto en limitant les interventions,
n’est pas à la hauteur des enjeux. C’est
le moment de se fixer librement des contraintes pour éviter
de se retrouver en position de réaction. Demain il
sera trop tard.
S’il est vrai que de bonnes nouvelles pour l’économie
sont parfois désastreuses pour l’environnement,
il ne faut pas accepter le retour en arrière. L’arsenal
d’outils dont nous disposons aujourd’hui est
une occasion unique de redonner du sens au progrès.
En mobilisant tous les acteurs de la société
pour des actions individuelles aussi bien que collectives,
et en nous appuyant sur les savoirs extraordinaires que
nous a légué le 20éme siècle,
le tribut payé à la crise écologique
sera moindre.
Dans la problématique du Développement durable,
les changements climatiques et leurs traductions sur la
biodiversité sont d’une extrême gravité.
Les effets d’inertie sont, en effet, considérables
et les efforts à produire pour les limiter sont énormes.
Face à cette situation, les réponses actuelles
sont dérisoires. Kyoto ne représente que 5
à 6 % des contributions pour obtenir un impact neutre
; une journée sans voiture, symbolique sans doute,
n’est qu’un gadget ! Quant à la disparition
des espèces, il faut l’appréhender comme
étant un mouvement irréversible. D’ici
2035, selon la revue Nature, près de 40 % de la biodiversité
aura disparu ou sera compromise. L’humanité
ne pourra faire cavalier seul.
Le Développement durable ne va pas à l’encontre
de la croissance à laquelle le citoyen est sensible.
Il est une ambition avec de nouvelles responsabilités.
Il implique des efforts de recherche pour valider des alternatives
et de la cohérence à tous les niveaux de décision.
La collectivité y a sa part en se chargeant des investissements
nécessaires pour prévenir les conséquences
des inondations, les dérives d’une alimentation
mal contrôlée, les effets sanitaires d’antibiotiques
ingérés sans le savoir, ou tirer partie des
gisements d’économie dans le bâtiment,
par exemple.
Intégrer le Développement durable c’est
pour la société travailler sur une longue
échelle de temps, avec ses agriculteurs, ses ingénieurs,
ses scientifiques, ses politiques, chacun dans leur rôle.
Certes cela a un coût ; s’il est supportable
dans les grands groupes industriels il est très lourd
pour les PME qui vivent avec une échelle de temps
pressante. Pour l’imposer comme cela a été
fait avec la Démarche Qualité, l’opinion
doit s’investir, promouvoir des références
à la vie commune, faire en sorte que soit donnée
une valeur à chaque chose, réduire les gâchis.
La société doit proposer une stratégie
fiscale, promouvoir de façon cohérente des
labels à l’empreinte écologique ...
et surtout imposer que soit effectué un travail considérable
d’information, d’éducation de toutes
les couches de la société pour «distiller»
le Développement durable – culture par excellence
transversale - dans tous les enseignements.
Face aux populations qui ne mangent pas à leur faim,
nos sociétés occidentales devront être
exemplaires et vertueuses. Encore faudra-t-il bien évaluer
le rapport efficacité/coût des investissements
avant de les autoriser et de généraliser.
Nous avons les capacités de les prendre en compte
au nom de ceux qui ne le peuvent pas, aujourd’hui
et demain. Agissons et avec le Développement durable
redonnons du sens au progrès.