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Les perspectives
en matière de Recherche publique et privée
Réhabiliter l’idée de Recherche dans
l’opinion
Yves Durand a longuement évoqué les problèmes
qui se posent au secteur de la Recherche, tout à
fait semblables à ceux de l’enseignement supérieur
et du système éducatif. Il a mis le doigt
sur une contradiction profonde. Si les dirigeants européens
et français sont tous d’accord pour considérer
que la Recherche est essentielle pour le développement
- ou la survie économique - de notre continent et
de notre pays, ils sont, en revanche, incapables, dans la
plupart des cas, d’y consacrer les moyens budgétaires
nécessaires et suffisants. Pourquoi ? Yves Durand
a une réponse : la Recherche publique et privée
est un sujet totalement méconnu du grand public.
Le problème de la Recherche, c’est qu’elle
n’est pas « populaire» ! Selon lui le
premier travail à faire consisterait à «
réhabiliter l’idée de Recherche dans
l’opinion publique».
Les «évaluations» de Bercy
La tentation de rogner sur les budgets de la Culture ou
de la Recherche est forte pour tous les gouvernements, reconnaît
Yves Durand. Le ministère des Finances a lancé
l’idée d’un contrôle de l’État
sur les crédits annualisés confiés
aux équipes de chercheurs à travers leur «évaluation».
«L’évaluation de l’utilisation
des deniers publics est légitime et normale».
Tout le problème est de savoir ce que l’on
met sous le terme d’«évaluation».
Il y a, selon lui, une volonté de contrôle
de la part du ministère des Finances, non pas d’une
évaluation sur un contrat d’objectifs mais
à partir de résultats sur ce que l’on
aurait établi à l’avance, ce qui est,
selon lui, «un changement radical de la conception
que l’on peut se faire de la Recherche et du service
public».
Public-privé : ce n’est pas le bien
et le mal…
«Le rapport public-privé, ce n’est pas
celui du bien et du mal», affirme-t-il. Il n’est
pas aberrant que l’on fasse appel à des financements
privés dans la mesure où cela correspond à
une contractualisation avec la puissance publique. En revanche,
ce qui pose problème, précise-t-il, «c’est
quand il y a un certain nombre de domaines où l’on
sait que la Recherche privée ne s’impliquera
pas, comme la bioéthique, par exemple». Et
de conclure sur ce chapitre : Quel rapport peut-il y avoir
entre la Recherche publique qui doit avoir un certain nombre
de missions et une Recherche privée qui en a d’autres
? Nous n’avons jamais pu ou voulu, en France, pour
des questions budgétaires et culturelles, trancher
ce problème-là. Il est temps de le faire !
Il serait catastrophique de penser, assure Yves Durand,
que la puissance publique peut se désengager de la
Recherche de fond.
La sélection tend à «assécher»
la Recherche
Il a longuement évoqué aussi le sujet du manque
d’attractivité des sciences dites «dures»
auprès des jeunes qui risque d’«assécher»
complètement le secteur de la Recherche en personnel.
Pour Yves Durand, cela ressort d’un phénomène
culturel, car, en France, on a toujours considéré
que les sciences étaient plus difficiles que les
lettres. Cela tient au fait, selon lui, que, depuis vingt
ans, on a «sélectionné» les élèves
sur les mathématiques et les sciences. Cela a eu
une double conséquence redoutable : «La sélection
a fermé le robinet et accrédité l’idée
que les matières scientifiques sont difficiles et
peu accessibles». Par ailleurs, à propos de
l’harmonisation des diplômes au niveau européen,
il a jugé qu’il s’agissait d’une
action nécessaire y compris pour développer
la Recherche. «Il faut que les universités
françaises soient en capacité de tenir le
choc de la concurrence sur le plan matériel et sur
le plan des diplômes», a-t-il conclu.
Contre l’amnistie fiscale
Interrogé sur les projets évoqués au
gouvernement et dans la majorité UMP sur une éventuelle
amnistie fiscale pour les fonds rapatriés réinvestis
dans les PME performantes, Yves Durand a contesté
cette idée à un double titre. Économique
d’abord : «Cela pose le principe qu’il
n’y a pas de capitaux disponibles en France ce qui
est faux», selon lui. Éthique ensuite : «L’amnistie
fiscale, c’est une porte ouverte à une conception
que je ne partage pas sur le plan de l’image de la
démocratie donnée au peuple». Le député
du Nord a aussi estimé que cette pratique entraînerait
des «distorsions entre les états européens»
et qu’elle irait à l’encontre de l’harmonisation
fiscale et économique de l’Europe.
Portrait : un prof «laïcard» moderniste
Né le 6 juin 1946 à Ambrières-les-Vallées
(Mayenne), il n’est pas un vrai «chtimi».
Il a suivi des études secondaires à Savigny
puis obtenu un Capes d’Histoire-Géographie
pour devenir professeur d’Histoire-Géographie
en région parisienne. Mais il entre en 1973 au comité
directeur du PS et trois ans plus tard il décide,
décision difficile, de monter au Nord et il fera
la rentrée des classes en 1978 au lycée d’Hardouin.
Son destin est désormais tout tracé: prendre
la succession d’Arthur Notebart. Yves Durand est élu
député, dans la 11e circonscription du Nord.
Il a été défait par la «vague
bleue» en 1993, a été élu de
nouveau en 1997 et de justesse l’an dernier. Il était
entré au secrétariat national du PS en 1979.
Daniel AMELINE
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