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N°03/35 - 5 décembre 2003
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> Objet : Petit-déjeuner Lamennais du 3 décembre 2003 Yves Durand - Député-maire de Lomme (Nord), Secrétaire national du Parti socialiste, chargé de l’Éducation


Les perspectives en matière de Recherche publique et privée
Réhabiliter l’idée de Recherche dans l’opinion

Yves Durand a longuement évoqué les problèmes qui se posent au secteur de la Recherche, tout à fait semblables à ceux de l’enseignement supérieur et du système éducatif. Il a mis le doigt sur une contradiction profonde. Si les dirigeants européens et français sont tous d’accord pour considérer que la Recherche est essentielle pour le développement - ou la survie économique - de notre continent et de notre pays, ils sont, en revanche, incapables, dans la plupart des cas, d’y consacrer les moyens budgétaires nécessaires et suffisants. Pourquoi ? Yves Durand a une réponse : la Recherche publique et privée est un sujet totalement méconnu du grand public. Le problème de la Recherche, c’est qu’elle n’est pas « populaire» ! Selon lui le premier travail à faire consisterait à « réhabiliter l’idée de Recherche dans l’opinion publique».

Les «évaluations» de Bercy
La tentation de rogner sur les budgets de la Culture ou de la Recherche est forte pour tous les gouvernements, reconnaît Yves Durand. Le ministère des Finances a lancé l’idée d’un contrôle de l’État sur les crédits annualisés confiés aux équipes de chercheurs à travers leur «évaluation». «L’évaluation de l’utilisation des deniers publics est légitime et normale». Tout le problème est de savoir ce que l’on met sous le terme d’«évaluation». Il y a, selon lui, une volonté de contrôle de la part du ministère des Finances, non pas d’une évaluation sur un contrat d’objectifs mais à partir de résultats sur ce que l’on aurait établi à l’avance, ce qui est, selon lui, «un changement radical de la conception que l’on peut se faire de la Recherche et du service public».

Public-privé : ce n’est pas le bien et le mal…
«Le rapport public-privé, ce n’est pas celui du bien et du mal», affirme-t-il. Il n’est pas aberrant que l’on fasse appel à des financements privés dans la mesure où cela correspond à une contractualisation avec la puissance publique. En revanche, ce qui pose problème, précise-t-il, «c’est quand il y a un certain nombre de domaines où l’on sait que la Recherche privée ne s’impliquera pas, comme la bioéthique, par exemple». Et de conclure sur ce chapitre : Quel rapport peut-il y avoir entre la Recherche publique qui doit avoir un certain nombre de missions et une Recherche privée qui en a d’autres ? Nous n’avons jamais pu ou voulu, en France, pour des questions budgétaires et culturelles, trancher ce problème-là. Il est temps de le faire ! Il serait catastrophique de penser, assure Yves Durand, que la puissance publique peut se désengager de la Recherche de fond.

La sélection tend à «assécher» la Recherche

Il a longuement évoqué aussi le sujet du manque d’attractivité des sciences dites «dures» auprès des jeunes qui risque d’«assécher» complètement le secteur de la Recherche en personnel. Pour Yves Durand, cela ressort d’un phénomène culturel, car, en France, on a toujours considéré que les sciences étaient plus difficiles que les lettres. Cela tient au fait, selon lui, que, depuis vingt ans, on a «sélectionné» les élèves sur les mathématiques et les sciences. Cela a eu une double conséquence redoutable : «La sélection a fermé le robinet et accrédité l’idée que les matières scientifiques sont difficiles et peu accessibles». Par ailleurs, à propos de l’harmonisation des diplômes au niveau européen, il a jugé qu’il s’agissait d’une action nécessaire y compris pour développer la Recherche. «Il faut que les universités françaises soient en capacité de tenir le choc de la concurrence sur le plan matériel et sur le plan des diplômes», a-t-il conclu.

Contre l’amnistie fiscale
Interrogé sur les projets évoqués au gouvernement et dans la majorité UMP sur une éventuelle amnistie fiscale pour les fonds rapatriés réinvestis dans les PME performantes, Yves Durand a contesté cette idée à un double titre. Économique d’abord : «Cela pose le principe qu’il n’y a pas de capitaux disponibles en France ce qui est faux», selon lui. Éthique ensuite : «L’amnistie fiscale, c’est une porte ouverte à une conception que je ne partage pas sur le plan de l’image de la démocratie donnée au peuple». Le député du Nord a aussi estimé que cette pratique entraînerait des «distorsions entre les états européens» et qu’elle irait à l’encontre de l’harmonisation fiscale et économique de l’Europe.

Portrait : un prof «laïcard» moderniste
Né le 6 juin 1946 à Ambrières-les-Vallées (Mayenne), il n’est pas un vrai «chtimi». Il a suivi des études secondaires à Savigny puis obtenu un Capes d’Histoire-Géographie pour devenir professeur d’Histoire-Géographie en région parisienne. Mais il entre en 1973 au comité directeur du PS et trois ans plus tard il décide, décision difficile, de monter au Nord et il fera la rentrée des classes en 1978 au lycée d’Hardouin. Son destin est désormais tout tracé: prendre la succession d’Arthur Notebart. Yves Durand est élu député, dans la 11e circonscription du Nord. Il a été défait par la «vague bleue» en 1993, a été élu de nouveau en 1997 et de justesse l’an dernier. Il était entré au secrétariat national du PS en 1979.


Daniel AMELINE


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