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N°03/22 - 4 juillet 2003
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> Petit déjeuner Lamennais du 26 juin 03 M. Henri REVOL

 

Sénateur UMP de la Côte d'Or, vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Des solutions " pérennes " pour les déchets nucléaires

Henri Revol a souligné qu'il ne serait pas possible " de prendre la décision de continuer à développer une production massive de notre électricité à partir de l'énergie nucléaire si, parallèlement, on n'était pas en mesure de proposer des solutions pérennes et reconnues pour traiter le problème des déchets radioactifs ". La discussion a beaucoup tourné autour des défauts antérieurs de présentation et de concertation avec la population et au manque de transparence actuel qui touche le gouvernement Raffarin lui-même. Et pourtant, il y aurait de quoi faire, selon Henri Revol, qui redoute que le projet de loi sur la transparence et la sûreté nucléaire, dont il est rapporteur, comprenne encore des mesures qui " condamnent ", selon lui, le développement de l'industrie nucléaire, si elles restent en l'état. D'où l'appel lancé par Henri Revol en direction des ingénieurs pour qu'ils aident les politiques à prendre de bonnes décisions et attirent leur attention " sur des points précis ".
Le nucléaire évite 400 millions de tonnes de CO2 par an
Le sénateur Revol présente d'entrée de jeux les caractéristiques favorables de l'énergie nucléaire en matière d'environnement. Elle ne produit que très peu d'effet de serre. Exemple : le nucléaire, qui fournit un tiers de l'électricité en Europe, permet d'éviter chaque année l'émission de quelque 400 millions de tonnes de gaz carbonique. Le respect des règles de Kyoto, sans le nucléaire, aboutirait à priver 438 millions d'Européens de leurs voitures automobiles. Enfin, selon les règles édictées par la Commission européenne sur les permis d'émissions (avec un coût évalué à 20 euros la tonne d'émission de C02), l'abandon du nucléaire occasionnerait, selon lui, un surcoût annuel de huit milliards d'euros. L'énergie nucléaire devrait donc s'imposer. Or, elle a contre elle un gros handicap : les déchets radioactifs qui préoccupent énormément l'opinion publique.
Si on avait procédé autrement…
Tout le mal vient de la prospection qui a été fort mal faite dans les années 80 en vue de trouver des sites de stockage. L'idée qui prévalait à l'époque consistait à mettre à l'écart définitivement les déchets dangereux. Des maires ont vu débarquer des gens venant faire des sondages dans leurs champs sans leur en demander l'autorisation. On a braqué la population dès le départ.
Les trois " axes " de recherche
Il y a trois axes de recherche pour le traitement des déchets nucléaires. La séparation chimique se situe à un très bon niveau de faisabilité (CEA Marcoule) alors que la transmutation est plus délicate en raison en particulier de l'abandon de Super Phenix. La recherche de stockage en couches géologiques profondes, projet confié à l' Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs(ANDRA) a pris du retard avec l'arrêt d'un an des travaux pour le laboratoire de Bure. L'ANDRA et le CEA font des efforts pour développer des outils de simulation et rattraper le temps perdu avant 2006. Enfin, pour l'entreposage, la France n'est pas aussi avancée qu'un certain nombre de pays (Belgique, Finlande, Etats-Unis) qui ont misé sur des stockages en subsurface.
Des réserves
Interrogé sur la charte de l'environnement à valeur constitutionnelle qui prévoit que les autorités publiques devront " veiller à l'application du principe de précaution " en matière environnementale, Henri Revol s'est déclaré " assez réservé ". " J'ai peur que l'on ouvre la voie à un très grand nombre de contentieux quant au développement de la recherche et de nos entreprises. J'aurais tendance à être assez réservé personnellement pour donner à un juge la possibilité de se prononcer sur des sujets industriels ou de recherche. Est-ce que Pasteur pourrait encore expérimenter son vaccin sur un berger ? " Par ailleurs, le sénateur de la Côte d'Or a jugé "scandaleux " l'arrêt du chantier du laboratoire de recherche souterrain de Bure pendant une année entière à cause d'un accident ayant entraîné la mort d'un homme. " Dans n'importe quel autre chantier de travaux publics, un accident de ce type aurait entraîné un arrêt de 48 heures ou une semaine. Là, parce qu'il s'agissait d'un laboratoire ayant trait au nucléaire, les procédures de justice ont abouti à un arrêt d'une année !... "
Portrait : Un sénateur ingénieur : c'est rare !
Fils d'un négociant en vins, il est né le 14 février 1936 à Neuville-les- Dames dans l'Ain. Plutôt que de prendre la suite de son père il entre aux Arts-et-Métiers puis à l' Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires de Saclay. Ensuite après un passage dans une entreprise de chaudronnerie pour le nucléaire il entre, en 1964, au CEA de Valduc en Côte d'Or dont, à l'époque, Robert Galley était directeur. S'il a effectué la quasi totalité de sa carrière d'ingénieur atomiste à Valduc en jouant de la mobilité interne, c'est aussi parce que, dès 1971, il avait mis un doigt dans l'engrenage d'une carrière politique à laquelle il s'est consacré définitivement à partir de 1989 lorsqu'il fut élu sénateur de la Côte d'Or. Spécialiste des questions économiques, de recherche dans le nucléaire et de l'espace, Henri Revol est actuellement vice-président de l' Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) après en avoir assuré la présidence; il est également rapporteur pour avis du budget de la Recherche .

Daniel Ameline

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