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Petit-déjeuner Lamennais- 24 octobre 2002
Christian Bataille, député socialiste du
Nord, spécialiste du stockage des déchets
nucléaires, est certainement l'un des hommes politiques
qui a fait le plus pour "dédiaboliser "
l'industrie du nucléaire. La loi " Bataille
" de 1991, qui porte son nom, a permis de faire de
ce dossier sensible de l'énergie nucléaire
un sujet de quasi consensus.
En ce qui concerne les risques industriels, il est réticent
à une accumulation de dispositions législatives
contraignantes qui viendraient alimenter le courant "
anti-industriel " qu'il a décelé depuis
plusieurs années dans tous les pays développés,
y compris aux Etats-Unis. " Le risque est une activité
inhérente à toute activité humaine
et, si on se met à appliquer le principe de précaution
de façon généralisée,... on
ne va plus rien faire ! "
" Je crois qu'étendre la démarche de
précaution, utilisée pour le nucléaire,
à toute l'activité industrielle pour prévenir
des accidents comme Toulouse n'est pas une bonne méthode.
Il faudrait mettre ces questions un peu plus entre les mains
des élus et des parlementaires " estime Christian
Bataille. " L'industrie, qui est la modification par
l'homme de son environnement pour améliorer ses conditions
de vie, comporte un risque réel, qu'il ne faut pas
dissimuler; mais il est relativement faible en proportion
des bénéfices engendrés. Dans le quotidien
de l'industrie, nous avons décelé, après
la catastrophe AZF de Toulouse, un certain nombre de dangers
qui méritent d'être mieux circonscrits sans
pour autant tomber dans le principe de précaution".
Prenant l'exemple du stockage des déchets nucléaires,
Christian Bataille souhaite que les travaux de l'Office
parlementaire d'évaluation des choix scientifiques
et technologiques donnent lieu à des comptes rendus
en séance plénière du Parlement et
que ses rapports, facilement disponibles, soient encore
mieux connus. Il regrette que l'Office soit parfois considéré
à l'Assemblée nationale "comme un animal
un peu suspect".
Avant de réaffirmer qu'il y aurait bien, d'ici 2006,
construction d'un centre de stockage des déchets
nucléaires en France, Christian Bataille constate
que l'avenir du nucléaire était mieux établi
dans notre pays qu'ailleurs. " Si, en France, il n'y
avait pas un courant d'opinion au plus haut niveau favorable
à l'industrie nucléaire, nous serions peut-être
dans une situation à l'allemande qui aboutit à
la mise entre parenthèses d'une industrie "
. " Aucun dialogue n'est possible entre un socialiste
français et un socialiste allemand sur l'environnement
et l'énergie; les députés SPD sont
plus Verts que les Verts ! Les sociaux-démocrates
allemands sont anti-nucléaires parce qu'ils ont été
élus dans des régions minières. Les
plus acharnés des anti-nucléaires allemands
sont souvent des gens de la Ruhr. "
Portrait : Christian Bataille peut être considéré
comme l'un des artisans de la démocratisation du
nucléaire dans notre pays. C'est en grande partie
grâce à ses rapports qui font autorité
sur le stockage des déchets nucléaires et
à ses visites sur le terrain dans les préfectures
à travers la France que le nucléaire a été
" dédiabolisé ". Nommé par
Pierre Bérégovoy médiateur pour conduire
la concertation préalable à l'implantation
de laboratoires souterrains de recherche sur le stockage
des déchets radioactifs, sa mission avait été
confirmée par Edouard Balladur. Il l'a poursuivie
depuis lors dans le cadre d'une mission permanente que lui
a confiée l'Office parlementaire d'évaluation
des choix scientifiques et technologiques.
Député du Nord, régulièrement
réélu, depuis 1988, vice-président
de la Commission des affaires économiques, de l'environnement
et du territoire, Christian Bataille est membre de l'Office
parlementaire d'évaluation des choix scientifiques
et technologiques.
Né en 1946 dans le Nord, diplômé de
la faculté des lettres de Lille, professeur de lettres
pendant vingt ans dans un lycée, Christian Bataille
est un littéraire.
Daniel Ameline
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