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Corinne Lepage
ancienne ministre de l'environnement
présidente de CAP21 - Citoyenneté, Action,
Participation pour le 21éme siècle
Le principe de précaution : le rôle des politiques
et des ingénieurs
Madame Corinne Lepage, ministre de l'environnement du gouvernement
d'Alain Juppé, était le 24 octobre l'invitée
du Club Lamennais. Son intervention était d'autant
plus attendue qu'elle se situait à un moment où
l'on a le sentiment que bien des comportements et des organisations
vont devoir se modifier et que l'appel sans discernement
au principe de précaution comporte des inconvénients
; il est de nature à rendre plus complexe la recherche
de solutions qui satisfassent à la fois l'individu
et la collectivité.
Sur le principe de précaution et les mesures à
prendre pour apprécier les risques, l'avocate écologiste,
présidente de CAP21 - Citoyenneté, Action,
Participation pour le 21ème siècle -, est
très précise. Elle dit l'obligation, quand
on est confronté à une situation qui semble
comporter ou qui comporte des risques, de bien distinguer
si l'appréciation et la gestion du risque relèvent
de la " prévention " ou de la " précaution
". La confusion qui règne aujourd'hui sur cette
distinction se traduit par des effets pervers que les médias
peuvent amplifier, créant alors une situation inaccessible
au bon entendement. Dans le premier cas, souligne Corinne
Lepage, le risque est connu, il est mesuré ; cerné,
ses conséquences le sont aussi. Dans le second, il
y a incertitude sur la nature, l'ampleur, les effets ; on
ne sait même pas si le risque existe, on n'en connaît
pas le périmètre. L'appel au principe de précaution
se justifie : les incertitudes scientifiques sont effectives
et la menace grave et irréversible. Cela étant,
y recourir ne doit pas conduire à du " sur place
". C'est au contraire le moment d'intensifier les recherches,
de définir les procédures qui intègrent
le principe de précaution et notamment d'organiser
des débats qui laissent place aux expressions minoritaires
avant la prise de décision. Dans cette démarche
les ingénieurs et les scientifiques, véritables
garants de toutes les précautions - en matière
d'expertise - ont un rôle primordial à jouer.
Sur la situation générale qui voit s'accumuler
les événements catastrophiques : vache folle,
Toulouse, terrorisme… le ministre écologiste
n'hésite pas à établir des liens entre
eux et à les attribuer pour une grande part au manque
de courage et de lucidité de l'Occident : "
Bien des sujets ces dernières années, souligne-t-elle,
ont été mis en suspens ou négligés
sous le prétexte qu'ils ne pouvaient recevoir de
réponses. On a fait comme s'il ne se passait rien
car cela aurait impliqué de prendre parfois des mesures
parfaitement désagréables. Il n'y a donc pas
lieu de s'étonner si nous payons aujourd'hui le prix
fort ".
Cette réflexion invite naturellement à reconsidérer
les copies. Et de prédire la remontée en puissance
des États avec une remise en cause de notre mode
de développement. " Ce qui paraissait le mieux
acquis, précise-t-elle, dans l'organisation économique
et dans l'organisation juridique est susceptible de voler
en éclats parce que les problèmes sont d'une
telle ampleur que l'on ne peut plus raisonner avec le même
système ".
Dans ce nouveau contexte où la grande question qui
préoccupe vraiment les individus est leur sûreté
: le terrorisme, leur alimentation…, les ingénieurs
et les politiques vont devoir s'investir plus encore. "
Pour être rassurés, conclut Corinne Lepage,
nos concitoyens ont besoin d'avoir l'assurance - donnée
par les experts - que le principe de précaution aura
été respecté tout au long de la chaîne
de décision ".
On mesure dans ce propos l'intérêt majeur de
tous de renforcer les liens existants entre décideurs
locaux, régionaux et nationaux et de tirer enseignement
des réalisations étrangères.
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