30/11/03 17:54
 Club Lamennais
24 octobre 2001
> Objet : La Recherche en France et en Europe


Corinne Lepage
ancienne ministre de l'environnement
présidente de CAP21 - Citoyenneté, Action, Participation pour le 21éme siècle


Le principe de précaution : le rôle des politiques et des ingénieurs

Madame Corinne Lepage, ministre de l'environnement du gouvernement d'Alain Juppé, était le 24 octobre l'invitée du Club Lamennais. Son intervention était d'autant plus attendue qu'elle se situait à un moment où l'on a le sentiment que bien des comportements et des organisations vont devoir se modifier et que l'appel sans discernement au principe de précaution comporte des inconvénients ; il est de nature à rendre plus complexe la recherche de solutions qui satisfassent à la fois l'individu et la collectivité.

Sur le principe de précaution et les mesures à prendre pour apprécier les risques, l'avocate écologiste, présidente de CAP21 - Citoyenneté, Action, Participation pour le 21ème siècle -, est très précise. Elle dit l'obligation, quand on est confronté à une situation qui semble comporter ou qui comporte des risques, de bien distinguer si l'appréciation et la gestion du risque relèvent de la " prévention " ou de la " précaution ". La confusion qui règne aujourd'hui sur cette distinction se traduit par des effets pervers que les médias peuvent amplifier, créant alors une situation inaccessible au bon entendement. Dans le premier cas, souligne Corinne Lepage, le risque est connu, il est mesuré ; cerné, ses conséquences le sont aussi. Dans le second, il y a incertitude sur la nature, l'ampleur, les effets ; on ne sait même pas si le risque existe, on n'en connaît pas le périmètre. L'appel au principe de précaution se justifie : les incertitudes scientifiques sont effectives et la menace grave et irréversible. Cela étant, y recourir ne doit pas conduire à du " sur place ". C'est au contraire le moment d'intensifier les recherches, de définir les procédures qui intègrent le principe de précaution et notamment d'organiser des débats qui laissent place aux expressions minoritaires avant la prise de décision. Dans cette démarche les ingénieurs et les scientifiques, véritables garants de toutes les précautions - en matière d'expertise - ont un rôle primordial à jouer.

Sur la situation générale qui voit s'accumuler les événements catastrophiques : vache folle, Toulouse, terrorisme… le ministre écologiste n'hésite pas à établir des liens entre eux et à les attribuer pour une grande part au manque de courage et de lucidité de l'Occident : " Bien des sujets ces dernières années, souligne-t-elle, ont été mis en suspens ou négligés sous le prétexte qu'ils ne pouvaient recevoir de réponses. On a fait comme s'il ne se passait rien car cela aurait impliqué de prendre parfois des mesures parfaitement désagréables. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si nous payons aujourd'hui le prix fort ".
Cette réflexion invite naturellement à reconsidérer les copies. Et de prédire la remontée en puissance des États avec une remise en cause de notre mode de développement. " Ce qui paraissait le mieux acquis, précise-t-elle, dans l'organisation économique et dans l'organisation juridique est susceptible de voler en éclats parce que les problèmes sont d'une telle ampleur que l'on ne peut plus raisonner avec le même système ".
Dans ce nouveau contexte où la grande question qui préoccupe vraiment les individus est leur sûreté : le terrorisme, leur alimentation…, les ingénieurs et les politiques vont devoir s'investir plus encore. " Pour être rassurés, conclut Corinne Lepage, nos concitoyens ont besoin d'avoir l'assurance - donnée par les experts - que le principe de précaution aura été respecté tout au long de la chaîne de décision ".
On mesure dans ce propos l'intérêt majeur de tous de renforcer les liens existants entre décideurs locaux, régionaux et nationaux et de tirer enseignement des réalisations étrangères.

Imprimer cette page
Haut de page
7, rue Lamennais 75008 PARIS Tel : 01 44 13 66 88 Fax : 01 42 89 82 50
contactez notre webmaster